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L'inciseur - Fitzek/Tsokos

Titre : L’inciseur

Auteur : Fitzek & Tsokos

Éditeur : L’Archipel

La quatrième de couv’ est là pour dresser le décor et poser LA question à mille euros : « Quand le roi du thriller allemand rencontre le plus célèbre médecin légiste d’outre-Rhin, peut-on s’étonner de croiser autant de cadavres ? ». La réponse est donc : non. D’autant qu’on a du coup droit aux descriptifs complets des cadavres croisés au fur et à mesure que se déroule l’histoire.

Résumons-là rapidement : Paul Herzfeld dirige le service de médecine légale à Berlin. Il y dissèque donc les corps des cadavres les plus pitoyables trouvés dans son périmètre d’activité. C’est donc à lui qu’échoit le devoir d’autopsier le cadavre d’une femme retrouvée sans ses mains, sans mâchoires, etc… Il va trouver, dans le crâne de la morte, une capsule contenant le prénom de sa fille et un numéro de portable. Hannah a été enlevée et le ravisseur exige de Paul la discrétion la plus complète sous peine de ne pas retrouver sa fille en vie.

A partir de là, Paul se jette dans l’aventure et va partir à la recherche de sa fille, sur un chemin semé de cadavres portant chacun de nouveaux indices vers la prison de sa fille, balisé de personnes qui vont lui apporter leur aide.

Ami lecteur, laisse ici tout désir de légèreté, abandonne dès la première page (presque) toute envie de réflexion et plonge dans une aventure aussi chaotique que la tempête de neige qui lui sert de décor, oublie tout vœu pieux de psychologie…

J’avais plus qu’apprécié mes deux premières lectures des romans de Fitzek (voir ). Cette collaboration n’est pas à la hauteur de ses précédents écrits. Cela n’est toutefois pas dû à la précision et au soin apportés à la description des autopsies mais bel et bien à l’histoire elle-même qui, je le crains, cherche à en faire de trop.

Les premiers chapitres sont pénibles et plombés par les passages décrivant le calvaire vécu par une jeune fille séquestrée par un malade mental dont on devine rapidement qu’il est pédophile morbide récidiviste. On hésite quant à la jeune fille : s’agit-il d’Hannah dont le sort est d‘ores et déjà scellé ou d’une autre victime du kidnappeur ? Toujours est-il que ces passages provoquent, en tout cas chez moi, un sentiment de malaise pénalisant le reste de l’histoire.

Fort heureusement, ces passages disparaissent petit à petit pour laisser place aux  agissements des protagonistes dont le principal point commun est l’isolement : ils sont seuls, dans des lieux inhospitaliers, désertiques, maintenus dans le noir,… De par le confinement des lieux et des protagonistes, le « raffinement » et l’inventivité de ceux qui tirent les ficelles pour toujours plus horrifier les protagonistes et le lecteur, ce livre tient plus du roman d’horreur que du thriller, finalement.

Inventifs, les auteurs le sont très certainement, peut-être un peu trop pour mon petit cœur sensible. Ce livre ravira les fanatiques purs et durs du genre mais peine à me satisfaire complètement. Je suis adepte de la lecture divertissante, là-dessus, pas de soucis. Mais le gore est un peu trop poussé à l’extrême.

Quant au message finalement quand même véhiculé par le livre, il part du principe que le système judiciaro-policier est faible avec les assassins, les violeurs, les meurtriers. Soit. Mais cela implique-t-il de le combattre avec les armes mêmes de ceux dont on voudrait purger la société ? La justice, la loi, le système sont justement là pour éviter aux êtres humains de ne pas vivre sous la loi du talion, dans un monde régi par le principe de la justice faite par soi-même, principe liberticide. Sans vraiment cautionner le comportement de Paul Herzfeld, les auteurs ne donnent pas de raison de penser que le système puisse régler le problème des récidivistes et laissent à penser qu’ils justifient la réaction de leur héros. Ce débat mérite et demande plus qu’un thriller pour en traiter justement.

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