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Jules - Didier van Cauwelaert

Titre : Jules

Auteur : Didier Van Cauwelaert

Éditeur : Albin Michel

Alice est aveugle. Pas de naissance : un drame à l’adolescence l’a privée de la vue, un jet d’acide dont nous ne dirons rien sur l’origine pour ne pas trop déflorer l’histoire.

Jules est chien d’aveugle. Formé sur la côte, il est devenu le guide d’Alice avec lequel il forma un couple exclusif.

Zebal est vendeur de macarons Ladurée à Orly. En fait il est chercheur mais comme tout universitaire bardé de diplômes qui se respecte il a trouvé un temps un job lui permettant de faire valoir ses talents avant de sombrer petit à petit vers des boulots subalternes, à tout le moins bien loin de ses préoccupations intellectuelles habituelles.

Alice va à Nice pour y subir une opération qui doit lui rendre la vue. Cet évènement est le point de départ de la descente aux enfers de Jules qui perd sa raison de vivre et l’ascension de Zebal vers un paradis terrestre auprès d’Alice dont il est tombé amoureux alors qu’elle s’était arrêtée à son stand pour y acheter des macarons pour elle et son chien avent de prendre son vol.

C’est en tout cas ce à quoi va s’atteler Jules qui y trouve là une nouvelle raison de vivre : réunir Zebal, qui a pris sa défense à l’aéroport alors que le pauvre toutou allait se retrouver en soute malgré la cécité de sa propriétaire, et Alice, sa maîtresse avec laquelle il a noué une relation qui va au-delà du simple travail consistant à la guider.

Je n’avais jamais lu de livre de Didier Van Cauwelaert avant ce « Jules » fort réjouissant au demeurant.

L’histoire, tout d’abord, est habilement menée. On y découvre les principaux protagonistes que l’auteur prend le temps de mettre en situation et dont il développe les caractères de façon à bien planter son décor. Le récit se déroule très naturellement sous la plume légère et agréable de l’auteur, parfois drôle, souvent sensible et emprunte de tendresse.

Zebal, en looser patenté, fait un biologiste à la ramasse de toute beauté : si la vie ne lui a pas fait, jusqu’alors, de cadeau, il persévère néanmoins dans sa voie et réalise ses expériences dans sa salle de bain avant de déposer brevets sur brevets qui le ruinent. Foncièrement optimiste, Zebal se laisse embarquer dans la folle aventure consistant à suivre les instincts d’un chien à la limite de la dépression et à la poursuite d’un idéal : reconquérir sa maîtresse à travers Zebal qu’il voit comme une offrande.

Alice, qui traîne comme une âme en peine le drame de ses 17 ans, ne vit pas son retour à la vue comme un retour à la vie, au contraire. Sa vie d’avant, celle de la cécité, bénéficiait d’une sorte de présomption d’innocence (dans le sens de pureté) et le voile ainsi levé lui fait prendre conscience de tout ce qu’il cachait, sur le monde qui l’entourait et, plus drastiquement encore, sur elle-même.

Les personnages secondaires de Didier Van Cauwelaert bénéficient également d’un traitement digne de plus beaux seconds rôles du cinéma : le psy pour chien, Fred, l’ermite de la plage de Deauville, la péripatéticienne SM qui habite et exerce au-dessus du studio minable de Zébal, la mère de ce dernier sont autant de personnages décalés et hauts en couleur qui mettent en valeur et l’histoire et la triplette Alice/Jules/Zébal.

Sans laisser une trace indélébile dans la littérature française, ce « Jules » est un petit plaisir à s’offrir en terrasse, au soleil par un brûlant après-midi d’été, avec un Perrier (tranche ou pas) bien frais et quelques douceurs…

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