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En d'atroces souffrances - Antoine de Baecque

Titre : En d’atroces souffrances

Auteur : Antoine de Baecque

Éditeur : Alma

Ce livre, paru aux éditions Alma, fait partie de la collection « Pabloïd » qui laisse carte blanche à un auteur pour traiter un des thèmes dont Pablo Picasso affirme qi’ils sont les fondamentaux de l’art à savoir « la naissance, la grossesse, la souffrance, le meurtre, la mort, la révolte et peut-être le baise ». Antoine de Baecque a donc opté pour la souffrance.

Pour évoquer ce thème à travers l’histoire et sous ses différentes formes, il le fait par la prisme de neuf portraits :

  • Catherine de Sienne, sainte qui de son vivant a pratiqué le jeun et reçu les stigmates du Christ. Ces stigmates sont restées invisibles à l’œil et la question de la preuve tangible de la souffrance a été posée
  • L’Abbé Rancé, Abbaye de Trappe, dont les règles austères de vie dans l’abbaye avaient plus vocation a provoqué la mort que le bien-être des frères… là encore, la souffrance menant à la mort étant une représentation du passage du Christ sur Terre
  • Damiens, le régicide, écartelé en place de grève après avoir été torturé atrocement (la description du supplice est édifiante) : la souffrance comme force expiatoire
  • Guillotin et sa guillotine sensée enlever la vie « dans un souffle » sans que la victime s’en rende compte. Et pourtant, l’absence de souffrance a été remise en cause au prétexte que l’instant représenté par ce souffle était une source encore plus grande de souffrance dans la mesure où on séparait l’âme du corps et que dans cette intervalle une immense souffrance était ressentie par le décapité
  • Napoléon qui au travers de ses nombreuses guerres a généré un nombre impressionnant de blessés dont ne s’embarrassait pas l’armée et abandonnés à leur triste sort de souffrance
  • Alfred de Vigny et Dorval, sa maîtresse : la souffrance (à travers les affres de l’amour et des séparations, les méfaits de la jalousie maladive, d’un côté comme de l’autre) comme matérialisation d’un amour total
  • Sacher-Masoch : de la souffrance comme instrument de l’amour avec les déformations psychiatriques (création du masochisme comme perversion)
  • L’apparition de l’anesthésie à travers les nombreuses figures qui ont participé à son invention. Le désir de ne plus souffrir est là aussi remis en cause dans la mesure ou la souffrance est un trait de caractère particulièrement humain et toute tentative d’en échapper n’est qu’une tentative de plus pour s’élever au rang de Dieu
  • Angélica Liddell qui a fait de la souffrance un personnage à part entière de ses spectacles ou performance

Chacun(e) a à sa manière sublimé la notion de souffrance pour en faire sortir ce qu’il y a à la fois de plus humain et de plus christique dans la nature humaine. Antoine de Baecque, consciemment ou inconsciemment, allez savoir, fait constamment ce rapprochement entre humanité et divinité parce que la notion de souffrance implique forcément une notion de dépassement de soi pour aller au-delà de cette souffrance : soit pour la contrecarrer et l’annihiler soit pour la dépasser et se dépasser soi-même.

Un essai ma foi très intéressant et plein de perspectives diverses et variées avec un vrai fil conducteur tout au long des développements proposés par Antoine de Baecque.

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