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La bonne la brute et la truande - Samuel Sutra

Titre : La bonne, la brute et la truande

Auteur : Samuel Sutra

Éditeur : Flamant Noir

Samuel Sutra c’est d’abord « Kind of black », un roman jazzy à souhait ! C’est aussi un Tonton pas que flingueur, adepte de la truande, voleur lupinien aux méthodes expéditives, s’embarrassant peu de fioritures, droit dans ses bottes même si celles-ci ne font pas dans le droit chemin, avec sa propre idée de la morale et de l’honnêteté. Ce n’est pas parce qu’on vole son prochain qu’il faut le faire n’importe comment et sans code éthique !

Tonton a connu plusieurs aventures avant de croiser mon chemin ou plutôt qu’on intercède en ma faveur à son encontre…

Tonton a commis un vol à l’aide de son équipe, un an avant le déroulement des faits rapportés dans le livre : il a subtilisé un énorme diamant directement chez Drouot et l’a fait enterré dans son jardin (une vraie taupinière son parterre herbeux au passage ! On y trouve autant de corps que de larcins mis à l’abri en attendant l’occasion de les refourguer). Mais voilà, un an a passé et Tonton reçoit un étrange coup de fil d’une personne lui proposant de lui revendre le diamant censé attendre son heure dans son jardin ! Alors Tonton rameute toute sa fine équipe (le terme « fine » faisant ici plus référence à la fine de champagne qu’à l’intelligence…) pour se rendre sur le lieu du rendez-vous et éclaircir ce mystère : le diamant proposé est-il l’original ou un des faux fabriqués par Tonton ?

Le livre est construit au fur et à mesure du trajet de l’équipe en direction du point de rendez-vous et permet à chaque membre de l’équipe de raconter comment il a trahi son patron un an auparavant en lui filoutant le diamant sans savoir qu’un autre membre de l’équipe est déjà passé par là et surtout que, bien évidemment, Tonton n’est pas dupe. Le jeu de piste proposé intelligemment par Samuel Sutra permet au lecteur de se bidonner en voyant chaque coupable devenir au fur et à mesure la victime d’un autre et à Tonton d’entremêler les fils qu’il a découvert un à un mais qui sont tous imbriqués les uns dans les autres.

D’expressions argotiques en situations cocasses (rien que la scène où un an après les faits, Tonton et son équipe essaient de déterrer le diamant en creusant à dix pas de la porte de la maison de Tonton avant de réaliser que quand ils ont enterré le diamant ils étaient tous fin bourrés et que dix pas à jeun et dix pas bourrés, ben, ce n’est plus la même distance… et de se rebourrer la gueule un an plus tard pour vérifier ce que représentent dix pas bourrés pour chaque membre de l’équipe, saouls à des degrés divers, la bonne de Tonton – une ancienne noble encore plus alcoolique que les autres, ce n’est pas peu dire – participant et donnant de sa personne en qualité de cobaye volontaire : une attitude scientifique qui honore nos alcooliques adorés), le diamant, vrai ou faux, a vécu moult aventures risibles au possible pour le plus grand divertissement du lecteur.

Bref, grâce à un jeu du chat et de la souris où chacun jouera toutes les partitions à tour de rôle, Samuel Sutra nous propose une farce enlevée dont le dindon est multiple et n’est jamais celui qu’on croit : une vraie réussite distrayante, gouailleuse sans être vulgaire, qui va à cent cinquante à l’heure (les vitesses sont très peu respectées chez Samuel Sutra). Si vous ne pouvez lire que des polars et des romans noirs mais que vous avez toutefois besoin d’un peu (ou de beaucoup) de légèreté, foncez (même au-delà des vitesses autorisées) et dégustez ce petit nectar drôlatique (l’abus de ce genre d’alcool n’est pas dangereux pour la santé).

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