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Ce monde disparu - Denis Lehane

Titre : Ce monde disparu

Auteur : Dennis Lehane

Éditeur : Rivages

J’avoue, l’humble polardeux amateur que je suis a fait des petits bonds (virtuels dans sa tête ce qui n’est pas forcément rassurant) à l’ouverture récemment d’une belle enveloppe molletonnée : outre « Rocks Off » dont je n’ai pas encore entamé la lecture, s’y trouvait le nouveau Dennis Lehane. Je ne peux, dans un premier temps, que vous inviter à lire, et dans cet ordre (oui, je sais, venant de moi cela fait sourire) « Un pays à l’aube » et « Ils vivent la nuit ». Non pas que « Ce monde disparu » ne puisse pas se lire sans cette excellente base mais tout de même, il vous manquerait certaines clefs.

Je dois donc en passer par un très bref rappel des deux premiers livres cités. « Un pays à l’aube » nous permettait de faire connaissance avec la branche « légale » de la famille Coughlin : le père et l’aîné de ses fils, Dennis, travaillent tous deux dans les forces de l’ordre de Boston. L’aube du récit de Dennis Lehane dont il est question est en fait celle des deux récits suivants, dont « Ils vivent la nuit » qui, malgré son titre, narre l’apogée de la carrière de truand du petit frère de Dennis, Joe, parti s’installer en Floride et traficotant avec Cuba.

« Ce monde disparu » est donc assez naturellement le crépuscule du monde de Joe. Une dizaine d’années ont passé depuis la montée en puissance de Joe en Floride et sa prise de pouvoir à Tampa. Il a perdu sa femme et il élève seul son fils. Il a laissé la tête de la famille à Dion, son ami d’enfance, lui aussi sur le déclin. Joe apprend qu’un contrat a été passé sur sa tête et qu’il doit être exécuté le jour du Mercredi des Cendres. Qui cherche à le liquider alors qu’il continue à rapporter de l’argent à l’organisation ? Qui a intérêt à le voir disparaître ? Evidemment, rien n’est simple dans le monde de la mafia, les rivalités sont nombreuses et les coups bas et autres entourloupes peuvent venir de partout, tirés aussi bien du camp adverse que de son propre camp.

Tout au long du récit, Dennis Lehane nous décrit un monde en perpétuel mouvement et ce n’est finalement pas tant le monde qui est amené à changer (on est malgré tout dans les années 40, en pleine Seconde Guerre Mondiale, ce monde-là va être profondément chamboulé mais ce n’est pas le cas, pas tout de suite en tout cas, de celui de la mafia) que les hommes qui le composent. C’est d’ailleurs là que réside toute la force de Dennis Lehane : dans son talent à raconter des êtres humains : aucun n’est parfaitement lisse, ils ont tous leur morale, leur politesse, leur noirceur, de la femme du maire à Joe en passant par Montooth Dix, le nègre (je sais ce que ce terme à de politiquement incorrect en 2015, mais nous sommes encore en 1943… alors ne venez pas me faire un faux procès) qui dirige une partie des activités clandestines ou les frères DiGiacomo.

Le livre nous parle aussi d’héritage et de transmission, de destin, de grandeur et de bassesse, d’amitiés et de trahison, de filiation, de famille, d’honnêteté et de mensonge, de stratégie et de politique, d’accords et de désaccords, de vengeance… Dennis Lehane n’a pas son pareil pour taper dans la palette des comportements humains pour les offrir à ses personnages dont on sent qu’il les aime tous, du meilleur au pire d’entre eux.

Si ce n’est pas le meilleur Dennis Lehane, « Un pays à l’aube » reste pour moi une merveille, c’est du grand Dennis Lehane et ces grandeurs et misères de truands font partie des livres à ne pas rater, touchant le lecteur en ce qu’il aborde des thèmes universelles sur la paternité, l’honneur et l’amitié qui ne sont pas toujours évident à concilier, surtout quand on est dans la mafia.

Les avis d’Encore du Noir et de Christophe Laurent.

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