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Titre : Le livre des Baltimore

Auteur : Joël Dicker

Éditeur : De Fallois

Ce n’est finalement pas tant un livre sur une famille et sa lente et progressive destruction, physique aussi bien que psychique, que sur la jalousie et les œillères qu’elle érige devant celui qui lui succombe.

Marcus Goldman reprend du service. Après « La vérité sur Harry Québert » (toujours dans ma PAL et pas encore lu), Marcus reprend du service et va cette fois raconter sa famille. Son histoire avant et après le Drame. Marcus vit dans la mémoire de cette rupture, qu’il place en 2004, au moment de la mort de ses « cousins », l’un étant son cousin biologique, l’autre n’étant qu’un fils adoptif (à tout le moins recueilli) par son oncle Saul.

Mais Marcus se trompe deux fois lui-même : d’une part des ruptures ou des cassures il y en a tellement dans cette famille qu’il est surprenant qu’elle ait perduré jusqu’à nos jours (je ne peux évidemment rentrer dans le détail de ces fêlures au risque de spoiler le récit) et d’autre part Marcus s’enferme dans un passé auquel il a pris part plus ou moins directement, qu’il regrette de n’avoir pu influencer et qui finalement le tient dans un enfermement psychologique au détriment de sa propre vie.

Au risque de perdre quelques connaissances (je ne parle pas des amis, ils sauront me pardonner même si je ne demande rien), j’ai vraiment aimé cette lecture. Joël Dickert sait indéniablement raconter une histoire, préparer ses effets d’annonce et faire surgir un rebondissement quand l’histoire à tendance à se tasser. Les ficelles restent toutefois très évidentes et on voit arriver l’effet de manche avant qu’il se produise même si on n’en découvre pas systématique la teneur exact, même si le pot-aux-roses sait conserver un peu de mystère avant qu’on mette le nez dans ses épines.

Si mes souvenirs sont bons, la critique principale du premier opus des aventures de Marcus reposait sur la présence outrancière de poncifs et une tendance à la mièvrerie. Je ne prétends pas que Joël Dickert atteint ici la grandeur des plus belles pages de la littérature qu’elle soit française ou étrangère mais de là à ne rien y trouver, je trouverai cela dur voire de parti pris. Encore une fois, Joël Dickert sait trousser son histoire et mener le lecteur là où il le souhaite. Encore une seconde fois, Joël Dickert ne révolutionne pas le suspens et ses ficelles sont de celles dont on entoure les rôtis : suffisamment épaisses pour qu’on les retrouve après la cuisson et suffisamment solides pour tenir le tout… mais le recours à de telles ficelles fait-il du rôti un mauvais rôti ? Non, parfois au contraire.

La recette et les ingrédients de Joël Dickert sont connus, reconnus et archiconnus mais il les utilise à bon escient et son plat, sans être de la cuisine gastronomique, n’est pas non plus à (r)avaler au rang de restauroute de nationale. Je n’ai boudé aucun plaisir à le lire et je comprends l’engouement des lecteurs sans forcément saisir la logique des adjectifs dithyrambiques qui peuvent l’accompagner.

Conclusion : « Et pourtant elle tourne », disait Galilée… Et pourtant on le lit d’une traite, disais-je… (ce « et pourtant elle tourne », si tant est qu’il ait une réalité historique, aurait suivi le grand renoncement de Galilée face à ses juges inquisiteurs, je laisse à d’autres que moi soutenir qu’il s’agit de ma part d’un renoncement à quoi que ce soit).

Faites donc selon votre propre grille, la mienne est accueillante…

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