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48 heures pour mourir - Andreas Gruber

Titre : 48 heures pour mourir

Auteur : Andreas Gruber

Éditeur : L’Archipel

Attention : thriller…

Attention : thriller très bien fait…

Au moins, comme ça, ceux que ça intéresse pourront rester et on pourra parler de ce très bon thriller entre nous. Les ficelles sont, comme souvent dans ce type de récits, très classiques : on en revient aux traumatismes de l’enfance, à la haine d’une personne rejetée sur l’ensemble d’un groupe auquel cette personne appartient (ici, ce n’est pas une surprise, la mère dans son rôle d’éducatrice et donc projeté sur toute être féminin ayant un rôle de formation ou d’accompagnement), etc… Je ne rentre pas dans tous les détails.

Ici, par contre, ce qui est intéressant se trouve d’une part dans le personnage de l’enquêteur et d’autre part dans le livre de contes pour enfants dont le personnage principal est le Struwwelpeter[1], sorte d’épouvantail qu’on agite devant les enfants façon « si tu n’es pas sage… ».

L’enquêteur, Maarten S. Sneijder, a tout d’un Pendergast teuton : excentrique et pourtant efficace. Il fume des joints, pratique l’acupuncture pour calmer de violents mots de têtes, vole dans les chaines de librairie, est brusque avec les autres et va pourtant emmener Sabine (officier de police et fille d’une des victimes de l’assassin) dans son périple extravagant à la poursuite de celui qui accompli ses meurtres en s’inspirant du livre du Struwwelpeter.

Le personnage de l’assassin, qui n’est qu’un très court instant une énigme pour le lecteur mais qui le reste assez longtemps pour les enquêteurs, est un jeune homme condamné pour harcèlement et qui est contraint de suivre une thérapie. La mise en scène des crimes est bien entendu extravagante mais toujours basée sur une interprétation d’une des histoires composant le livre du Struwwelpeter. L’assassin enlève une victime et contact un de ses proches ou une de ses relations en lui donnant 48 heures pour résoudre une énigme simple : « pourquoi ai-je enlevé cette personne ? ». Si au bout de 48 heures la personne n’a pas résolu l’énigme, la victime meurt.

Ce qui reste le plus intéressant réside finalement dans la psychologie du personnage et dans le pourquoi de son passage à l’acte (et ne comptez pas sur moi pour vous détailler ce point-là). Ou plutôt de ses passages à l’acte : rapprochés dans le temps, éclatés géographiquement, ils obligent Maarten et Sabine a une véritable course poursuite menée tambour battant par Andreas Grüber.

Ça percute, ça fuse, ça file à 100 à l’heure, c’est parsemé de répliques sui font mouche, de situation de tension croissante… du très solide thriller, bien écrit et qui se lit comme on boit du petit lait.

[1] Der Struwwelpeter (en français Pierre l’ébouriffé) ou Amusantes histoires et plaisantes images pour enfants de 3 à 6 ans du Dr Heinrich Hoffmann, est un livre de comptines allemand dont l’auteur Heinrich Hoffmann (1809-1894) est un médecin, poète et auteur de livres pour enfants. Ce livre traite avec humour de ce qu’il ne faut pas faire, allant de mal se tenir à table à se moquer des étrangers, en passant par faire du mal aux bêtes. Il s’agit d’un vrai recueil de leçons de morale édulcoré pour enfants. Ce livre a été traduit dans plusieurs langues. Hoffmann parle aussi de sujets délicats dans son livre : l’une des comptines tourne autour du thème de l’anorexie. Le livre (ou des pages) se trouve(nt) chez de nombreux pédopsychiatres allemands.

Dans son livre, Heinrich Hoffmann raconte les histoires d’enfants turbulents qui se jouent des règles imposées par leurs parents et s’illustrent par des actes de désobéissance, de moquerie ou encore de maltraitance envers les animaux. Autant d’exemples de mauvais comportements propres à l’enfance, et qu’Hoffmann met en scène au travers d’illustrations délirantes et de textes en rimes à la fois drôles et cruels. En effet, dans chaque histoire, les enfants mal élevés subissent des punitions toutes plus terribles et effrayantes les unes que les autres. Par exemple, Dans « L’Histoire Effroyable de Pauline et des Allumettes », une petite-fille qui ne peut s’empêcher de jouer avec des allumettes finit par mettre le feu à sa robe et se retrouve réduite en tas de cendres. Dans « L’Histoire du Suceur de Pouce », une mère excédée prévient son fils Konrad qu’il ferait mieux de cesser de se sucer les pouces, sans quoi un tailleur viendra les lui couper. La mère s’absente, laissant son fils seul. Ce dernier se révèle bien entendu incapable de respecter les consignes de sa mère, et c’est alors que le tailleur surgit avec une énorme paire de ciseaux et sectionne les deux pouces du pauvre Konrad.

Une petite sagesse qui est dans ce livre et que j’ai vu fleurir sur les réseaux sociaux, au sujet des démons intérieurs des principaux protagonistes du roman, aussi bien Carl Boni que Sabine ou Maarten :

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