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chorniques de monsieur paul

Titre : Les chroniques de Monsieur Paul

Auteur : Mehis Heinsaar

Éditeur : Kantoken

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ?

Mehis Heinsaar joue magistralement avec le temps et l’espace. Dans une suite de fables plus absurdes les unes que les autres, l’auteur livre un récit aux milles et unes facettes qu’il est pratiquement impossible de saisir au cours d’une seule lecture ! Il y a un côté évangile dans ce récit où on croise Tsirhc et ses prophètes, un parapluiste, une personne aux contours flous, des chambres dotées d’une conscience et d’une volonté propres, un homme qui essaie vainement de se débarrasser de son destin, etc…

Le lecteur est littéralement pris entre l’enivrement de la spirale des événements auxquels il est confronté et l’envie ou le besoin de prendre le temps de se poser, de lire et relire, de chercher le sens moral de chaque texte.

Mehis Heinsaar se pose en maître de la distorsion de la réalité, compressant et étirant successivement ou en même temps l’espace et le temps. Des chambres dont on sort pour atterrir dans une nouvelle chambre à l’infini, un « héros » qui voit sur sa table la représentation de son logement contenant un autre lui-même qui se retourne en même temps que lui pour s’apercevoir qu’il est lui-même à l’intérieur d’une pièce à l’extérieur de laquelle un autre lui-même l’observe, un « héros » se retrouvant devant un phare en haut duquel deux personnes l’observent avant de s’élancer dans l’eau et se retrouvant ensuite en haut du phare avec un compagnon en train d’observer un homme en bas du phare avant de s’élancer dans l’eau, cette succession de scénettes vertigineusement maîtrisées happe littéralement le lecteur dans un tourbillon digne d’Alice au Pays des Merveilles.

Vouloir résumer ces historiettes, ces aventures serait une gageure à laquelle je ne me livrerai pas. Il ne faut surtout pas hésiter à se plonger dans le livre de Mehis Heinsaar car il en restera forcément quelque chose, même si cela doit être enseveli dans l’inconscient du lecteur. Il s’agit d’un livre qui diffuse subrepticement ses idées. C’est un pur moment d’absurdité cohérente tout ce qu’il y a de plus merveilleux !

Ils se turent sur tout et sur rien, sur les planètes et les étoiles, les dieux et les humains. Cela se prolongeât jusqu’à la tombée du soir.

Monsieur Paul ouvrit son œil gauche et vit avec celui-ci exactement la moitié de la pièce. Il vit la moitié du placard, la moitié de la théière et la moitié de la fenêtre. Autour de la moitié de l’ampoule tournoyait la moitié d’une mouche.

Nous constatons que le cumulus blanc qui dérivait vers le sud-ouest au-dessus de la ville onirique n’est en réalité rien d’autre que la matière molle de l’encéphale de Monsieur Paul.

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