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deux-pièces

Titre : Deux-pièces

Auteur : Eliette Abecassis

Éditeur : Steinkis (coll. Incipit)

Son petit itsi bitsi tini ouini, tout petit, petit, bikini

1946. Lors d’un défilé de maillots de bain à la piscine Molitor, Louis Réaud, styliste, fait bondir autant d’effroi que de joie celles et ceux qui assistent au concours en faisant défilé une effeuilleuse affublée du premier bikini « moderne ». Il gagnera le concours.

Cette première fois, puisque telle est le thème de cette collection Incipit des éditions Steinkis, n’est qu’un prétexte pour Eliette Abecassis. Certes, le fait pour un homme de dénuder un peu plus les femmes sur les plages est un moyen pour Eliette Abecassis de parler féminité et féminisme, d’évoquer à la fois l’effet libérateur du bikini sur la liberté ou le sentiment de liberté des femmes et le poids du carcan imposé à celles-ci par le fait d’ériger l’apparence en juge de paix (ou en pomme de discorde) omnipotent de l’esthétique féminine et d’imposer cette esthétisme comme une nécessité, une obligation, une entrave supplémentaire.

Certes tout cela est vrai et transparaît sous la plume d’Eliette Abecassis mais cela fait partie du prétexte, ce n’est qu’un habillage pour des propos plus tendres et doux sur la relation amoureuse de Gabrielle, journaliste qui couvre l’événement, et Antoine, employé par Louis Réaud.

Mais comme un mur de poussière peut en cacher un autre, cette histoire d’amour entre Gaby et Antoine n’est qu’un second écran de fumée masquant un peu plus le vrai propos du livre. Ce flou entretenu par Elierre Abecassis sur son véritable sujet (le plus important des trois en tous les cas) est représentatif de celui qui régnait au lendemain de la seconde Guerre Mondiale dans une France qui était encore loin d’avoir fait le deuil des sombres années 1939-1945. Cette France est encore tiraillée entre sa collaboration vichyssoise et sa résistance autant intérieure que londonienne. Le tiraillement se poursuit ensuite, dès l’après-guerre, entre d’un côté les communistes, dont fait partie Gabrielle et qui les représentent ici, et de l’autre les gaullistes, dont le représentant dans le récit est bien évidemment Antoine.

Comme un symbole de la non réconciliation possible entre les deux, Gaby et Antoine ne parviendront pas à renouer les fils du passé. Malgré l’enthousiasme d’Antoine, les stigmates de la déportation de Gabrielle, autant physiques que psychologiques, seront autant de murs infranchissables entre les deux. Et la belle pensée de Louis Réaud de vouloir donner à la France, l’oubliée de Yalta, une envergure mondiale à travers sa révolution vestimentaire ne restera qu’un épiphénomène dans le tumulte revanchard de chacune des parties.

Comme chaque titre depuis la parution des premiers en début d’année 2016, le livre est agrémentée d’illustrations (ici de Thibault Balahy) et d’une notice historique en fin d’ouvrage.