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Titre : The Girls

Auteur : Emma Cline

Éditeur : La Table Ronde

Girls want to have fun…

Il est rare que je tarde à rédiger le billet concernant un livre après sa lecture… une nouvelle lecture prenant sa place, il faut faire de la place pour de nouvelles émotions, de nouvelles interprétations, de nouveaux développements. « The Girls » fait, au contraire, partie de ces livres rares, qui vous frappent immédiatement par leur force évocatrice et laissent en vous une trace indélébile à laquelle il faut laisser le temps de trouver sa place, imperceptiblement, doucement, presque tendrement malgré la violence du récit.

« The Girls » retrace un été. Un été 1969. Un été de tous les dangers pour Evie dont la mère a décidé de la placer en internat à la rentrée prochaine, dont la meilleure amie ne cadre plus avec son approche de la vie, dont la vie elle-même semble devoir perdre toute idée de conception ou d’approche matérielle. Evie, sans être une adolescente à l’enfance difficile, arrive à cet âge où la rébellion peut prendre tellement de visages.

Chez Evie, la crise prend les traits d’une fille qui passe dans un jardin. Qu’a-t-elle de particulier ? Un port hautain et fier, une assurance qui fait fi du qu’en-dira-t-on, un clan auquel appartenir, une beauté sauvage indomptable, une folie pétillante… Dans le sillage de cette étrange apparition, Evie va rejoindre, petit à petit, pour appartenir à un groupe, pour exister pour quelqu’un d’autre que pour elle-même, l’espèce de secte dirigée par Russel, sorte de gourou hippie et libertaire jusqu’au crime.

Emma Cline revisite la légende de Charles Manson et des massacres perpétrés par sa troupe aux Etats-Unis. Elle le fait de main de maître ne serait-ce que par rapport à son jeune âge qui ne l’empêche pas de maîtriser et son fond et sa forme. Il y a certes de-ci de-là quelques tournures un peu maladroites ou un peu lourdes, des recours à des images parfois un peu trop travaillées pour être totalement fluides et qui flirtent parfois avec l’artifice mais ces passages sont si rares et si éphémères que le style d’Emma Cline explose littéralement dans les pages de ce livre qui renferme une sacrée dose d’émotions, de sentiments, d’humanité.

Une des gageures d’Emma Cline est d’avoir réussi, elle jeune femme, à faire décrire, par l’adulte qu’est devenue Evie, l’adolescente qu’elle fut : la vision et les mots d’une adulte pour dépeindre les sentiments, les réflexions et les agissements d’une toute jeune fille de 14 ans. Pour ce faire, Emma Cline découpe les souvenirs du passé d’Evie en intercalant des courtes tranches de sa vie d’adulte, à l’occasion de sa rencontre avec le fils d’un de ses anciens compagnons qui la pousse à se remémorer son passé tumultueux, projeté dans sa jeunesse par celle des ses interlocuteurs.

L’écriture d’Emma Cline renferme un pouvoir évocateur que l’on rencontre peu dans la littérature. Plus dur sera la suite mais on l’attendra avec impatience et jubilation !