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délices de 36

Titre : Les délices de 36

Auteur : Nicolas Rey

Éditeur : Steinkis, coll. Incipit

« Grotesques et désœuvrés, les congés payés clapotaient misérablement à mes pieds » Desproges

Ahhh, se reposer aux frais du patron ! La grande invention de 1936 et du Front Populaire reste dans l’imaginaire collectif celle des congés payés. On commence doucement avec deux semaines royalement octroyées au cours du premier semestre 1936, à prendre immédiatement avant la fin septembre… On n’atteindra les cinq semaines de congés payés qu’au début des années 1980.

Ce n’est pas peu dire que ces deux semaines furent une révolution sociale dont on ne sait pas trop si elle avait vocation à creuser un peu plus ou à tenter (vainement ?) de combler le fossé qui séparait la classe des travailleurs de celle des patrons. La phrase de Desproges citée en titre de ce billet n’en est qu’une illustration et le texte de Nicolas Rey qu’un flagrant et clinquant exemple sous le soleil des plages françaises prises d’assaut par les néo-vacanciers payés.

A travers une histoire d’amour, aussi fugace que le temps des vacances l’autorise et aussi violente que la lutte des classes qu’elle personnifie, Nicolas Rey touche du doigt et du stylo ce qu’une relation entre une jeune fille de bonne famille nantie et un jeune adolescent sans le sou, fils d’ouvrier, pouvait avoir de parfaitement incongru.

Dans les yeux des deux enfants cette histoire ressemble à un avenir possible, à un devenir commun pour que finalement le jeune homme rêveur se heurte à la dure réalité terre à terre de la jeune fille qui aura vite fait de l’oublier.

On se prend pourtant, sous la plume légère et insouciante de Nicoals Rey, à rêver à cette histoire impossible, symbole de deux mondes qui ne peuvent plus s’ignorer mais qui se regardent en chiens de faïence, avec toute la méfiance des luttes passées (et à venir).

Nicolas Rey oppose admirablement l’amour et la passion, l’honnêteté et les faux-semblants dans un récit touchant de naïveté et de cruauté.

Les illustrations sont assurées par Pénélope Bagieu.