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ou la lumière s effondre

Titre : Où la lumière s’effondre

Auteur : Guillaume Sire

Éditeur : Plon

Imaginez la vie sans Internet…

Paul et Julia Mercier ont entrepris le projet d’une vie, de toutes nos vies : la destruction pure et simple d’Internet sous le nom de code Pandora, tout un programme ! Paul est malheureusement la victime d’une attaque et demande à son ami d’enfance, Robin Valéry, de prendre sa place à la tête du projet qui requiert tout de même de concerter les actions de 10.000 personnes aux missions différentes.

Robin, tout comme Paul, a activement participé à la création d’Internet, à faire de la Sillicon Valley ce qu’elle est (de Valley à Valéry, il n’y a qu’un pas que nous franchirons allègrement), à côtoyer tous les pontes connus ou inconnus de l’aventure numérique. Il doute donc de ce projet.

Tout le livre concentre ainsi les réflexions de Robin, homme au pouvoir absolu sur lui-même et sur la vie des autres : il a accès à toutes les ressources, à toutes les informations. En démiurge, il hésite à tuer son propre enfant virtuel. Ses questionnements montrent petit à petit au lecteur tout le potentiel d’un système tout à la fois utile et néfaste, selon la façon dont on l’utilise, dont on le pervertit ou pas.

Internet n’est que ce que l’être humain en fait : paradis ou enfer, il n’est pas autonome, n’est pas doté d’une intelligence ou d’une volonté propre. Il n’est qu’algorithmes et analyses de nous-mêmes.

Paul est le Prométhée qui a offert Internet aux hommes, il est celui qui porte la pouvoir de prévoyance de l’être humain, celui qui tire le signal d’alarme. Robin est l’Epithémée, celui qui a réparti les qualités entre les animaux mais a oublié les hommes, le symbole de l’étourderie et de l’absence de réflexion, il est celui qui agira sans clairvoyance, sans réflexion.

Internet survivra-t-il aux atermoiements de Robin ? Paul reprendra-t-il la main ? Peut-il faire confiance en son ami ? Quel est le rôle de Julia, la femme de Paul, qui semble être l’instigatrice du projet Pandora ?

Guillaume Sire insiste à juste titre sur le pouvoir du langage : le langage, la parole cimentent les relations humaines. Si on cesse de nommer les choses, d’imposer notre langage, on perd notre pouvoir. On perd la maîtrise, on perd la trace, on perd l’origine et on perd donc au final l’humain. Il ne faut pas laisser à Internet le pouvoir de nommer les choses (et les êtres), de donner du sens à ce qui nous entoure au risque de ne plus avoir de conscience propre.

Dans ce roman époustouflant et édifiant, Guillaume Sire nous livre une réflexion sombre sur Internet et sur ses dévoiements. A nous de réfléchir, lecteurs, sur toutes ces questions et d’apporter nos propres réponses.

Internet est devenu grâce à nous un miroir qui renvoie ce que vous lui montrez et vous dit ce que vous pensez en confirmant ce que vous croyez.

Le langage, c’est le pouvoir. Le mot précède la chose depuis que notre civilisation est entrée dans l’Histoire. Il n’y a rien qui ne soit soumis au signifiant. Soit le mot tue la chose, soit il la domestique ; c’est en nommant les animaux qu’Adam a pu les chasser et les asservir.

C’est le problème avec Google : je ne sais pas comment je sais mais je sais. Je ne sais pas d’où vient l’information mais je l’ai.

Au commencement était le verbe ; à la fin, le smiley.

A défaut d’être celui qui sait ou qui comprend, je suis celui qui est connecté.

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