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Mise en page 1

Titre : Le printemps des corbeaux

Auteur : Maurice Gouiran

Éditeur : Jigal

Je crôa, tu crôas, il croâ

Luc/Louka est un petit jeune pas bégueule passé par la DDASS avant que sa grand-mère ne finisse par s’intéresser à lui. Il n’y a pas plus self-made man que lui, même s’il s’illustre plus par une intelligence de l’arnaque assez fine que par des études rondement menées et un job d’enfer.

Louka fait plus dans l’escroquerie bancaire que dans le deal de trader… Mais cela lui va bien : argent facile, il a l’oseille, il aura la fille.

Car ce qui caractérise avant tout Louka, c’est une ambition démesurée qui le poussera à faire le corbeau avec pourtant une idée assez forte de la morale. Maurice Gouiran joue ainsi tout au long de son polar avec les apparences souvent trompeuses et les ambiguïtés de chaque personnage même s’i fait reconnaître à Maurice Gouiran une prédilection pour les salauds. Si certains personnages font preuve d’une morale toute relative, on ne peut pas dire qu’ils s’étouffent de scrupules…

La fin justifie les moyens et le but de Louka est de faire marcher l’ascenseur social, peut importe comment il arrive à palper son oseille. Il n’hésite donc pas à s’engouffrer dans toutes les faiblesses de ceux qu’il croise pour s’enrichir et accéder à une société dont les portes devraient lui rester fermer. Louka fait beaucoup penser à ces personnages récurrents des chansons de Renaud de petits loubards qui s’amourachent d’une jeune fille de la haute et qui se fracassent plus souvent qu’à leur tour sur les premiers barreaux de l’échelle sociale : les vases ne communiquent pas vraiment entre les différentes couches même si de la basse extraction des malfrats à la hautes des politicards industrieux il y a tant de ressemblances. Encore une ambiguïté sur laquelle Maurice Gouiran joue habillement.

Longtemps ce « Printemps des corbeaux » a l’allure d’une histoire somme toute banale du petit jeune qui se croit plus malin que les autres et qui ne réalise ses différentes erreurs que trop tard, jurant qu’on ne l’y reprendrait plus. Et puis, on sent bien que Maurice Gouiran aime trop son personnage de loser magnifique pour le laisser dans la mouise dans laquelle il le place avant qu’il n’ait pu toucher du doigt son rêve de succès.

Le seul reproche que l’on pourrait faire à Maurice Gouiran est peut-être de n’avoir pas su trancher sur le caractère exact de son héros : Louka se sent aussi bien dans la peau du loubard que dans celle du jeune homme propre sur lui, intellectuellement favorisé par la nature : ni franchement dans un monde, ni clairement dans un autre, Louka épouse les codes de l’un pour s’immiscer dans l’autre. Il ne devrait fatalement être à l’aise nulle part…

Et pourtant, ce roman se lit telle une fable sociale moderne qui mélangerait des bribes de grenouille qui se voyait en bœuf et d’arroseur arrosé où l’histoire ne fait que se répéter, où le coupable peut devenir victime, où l’on finit par tomber par là où on a pêché !

Et pourtant on en vient à aimer Louka, on en vient à désirer qu’il s’en sorte, d’une manière ou d’une autre !

L’écriture de Maurice Gouiran ne manque pas non plus de mordant ni d’humour, ce qui ne gâche rien à l’affaire…

 

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