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Titre : La conjuration de Göttingen

Auteur : Jérôme Legras

Éditeur : L’Archipel

Fouilli complotiste

Ne vous fiez pas à la catégorie « thriller »… suspens ou polar à la limite mais point de serial killer à vous mettre sous la dent.

Jérôme Legras doit avoir des bras gigantesques pour se saisir de tous les sujets qu’il a mis dans son livre qui malgré cet aspect pléthorique des thématiques n’en est pas pour autant labyrinthique et le lecteur ne s’y perd pas. L’auteur a donc réussi le pari de la structure de son roman.

Un bibliothécaire est retrouvé assassiné dans un cimetière. Avant de mourir, il a tracé une lettre grecque sur une pierre tombale. L’inspecteur en charge de l’enquête va devoir fouiller dans le passé de ce bibliothécaire et dans celui des grands pontes de Princeton parmi lesquels on croise Oppenheimer et Einstein.

L’intrigue principale, celle de l’enquête sur le meurtre du bibliothécaire, se déroule en 1953, au moment du procès et de l’exécution des époux Rosenberg. On nage donc en pleine Guerre Froide, en plein essais nucléaires avec des relents d’Hiroshima, de Nagasaki et de course à l’armement nucléaire, course qui occupe principalement russes et américains mais qui concernait avant allemands et américains. Car l’auteur joue sur les aller-retour historiques entre le début du siècle et le début des programmes nucléaires allemands, les différentes découvertes scientifiques du début du XX° siècle et les événements de 1953.

Si l’auteur parvient à ne jamais perdre son lecteur malgré les sauts chronologiques et la multiplication des thèmes (FBI, Hoover, les manipulations d’opinion, la chasse aux sorcière et le McArthisme, la Guerre Froide, les Bombe A et H, des histoires de vol d’uranium, les agissements d’un ancien SS toujours en quête d’une mythique cité aryenne, etc…), on se dit qu’il aurait pu faire tout de même un peu de tri dans tout cela.

Mais ce n’est finalement pas ce qui m’a le plus dérangé. Au fond, ce qui ressort de cette intrigue, c’est que personne ne sort grandi de cette affaire : ni les chercheurs, ni les allemands, ni les communistes, ni les américaines (surtout les américains). Jérôme Legras donne du grain à moudre à toutes les théories complotistes. C’est peut-être là le plus gros risque (assumé ?) qu’il prend. En donnant corps à ces théories d’un état vouant en principe de fonctionnement la surveillance de son peuple et sa manipulation à grande échelle, sorte de rouleau compresseur qui écrase devant lui toute personne qui tenterait de s’immiscer dans ses affaires (il faudrait dire mensonges), Jérôme Legras fait le jeu des férus de ces théories.

Au-delà de cet aspect dérangeant du livre, cette « Conjuration de Göttingen » permet de passer un très agréable moment en compagnie de personnages principaux qu’on aurait envie de retrouver dans d’autres aventures. Si tel devait être le cas, on pourrait conseiller à Jérôme Legras d’user de ficelles parfois un peu moins grosses que celles qu’il utilise (l’attirance entre le policier et la veuve du bibliothécaire qui n’est pas indispensable ou le personnage de Barlowe un peu trop lisible).

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