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Titre : Mitterrand Requiem

Auteur : Joël Callede

Éditeur : Le Lombard

Resquiescat In Pace ?

Joël Callede met en scène le Mitterrand du dernier mois de sa vie. De décembre 1995 à janvier 1996, entre l’Egypte et ses derniers jours en France, le personnage dépeint par Joël Callede est profondément mystique. Sa présence en Egypte le fait rencontrer Anubis pour un voyage en arrière particulier : le Mitterrand en phase terminale de cancer se confronte avec les personnages de son passé, y compris lui-même, à travers plusieurs faits marquants de sa biographie : intronisation au Panthéon (où il rencontre virtuellement Jaurès et Moulin), abolition de la peine de mort, affaire Grossouvre, son passé sous l’Occupation ou le silence autour de sa maladie et de sa liaison avec Anne Pingeot.

A travers des moments clefs, Joël Callede confronte Mitterrand à ses questionnements métaphysiques, sur l’existence, sur la vision que l’homme d’état porte sur lui-même et sur l’être humain derrière l’homme politique. Joël Callede mélange habilement ces questionnements purement intellectuels avec une relecture sans concession du passé de l’homme qui se cache derrière Mitterrand, sorte de gangue qui maintient l’homme prisonnier jusqu’à une certaine libération apportée par la mort, à travers un cheminement onirique et fantasmagorique.

Ce traitement particulier, mêlant divinités, figures historiques et êtres humains, colle parfaitement avec la démesure dont a pu faire preuve Mitterrand, que ce soit dans le mensonge et la manipulation ou dans le fait d’avoir mis sa vie au service d’un idéal, à défaut de l’avoir mis au service d’un peuple, démiurge de sa vie et de son mythe.

Mitterrand est un des derniers présidents (si ce n’est le dernier) à avoir eu l’étoffe d’un chef d’état, à avoir incarné la fonction, qu’on s’accorde ou non sur ce qu’il en a fait. On peut lui reprocher bien des choses, certainement pas d’avoir mis la réflexion avant l’action, à bon ou à mauvais escient.

Les textes de Joël Callede sont particulièrement bien travaillés et on oublie presque complètement le dessin pour se focaliser sur les bulles. Finalement, le plus important n’est pas le portrait physique des protagonistes mais celui moral et intellectuel des personnages et l’importance des textes favorise l’effacement des visages pour inviter le lecteur à tenter de voir ce qu’il y a derrière les façades.

Une belle réussite, qu’on soit de gauche ou de droite.

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