Mots-clefs

, , , , , , , ,

paris_n_est_qu_un_songe_01

Titre : Paris n’est qu’un songe

Auteur : Nicolas d’Estienne d’Orves

Éditeur : Steinkis, coll. Incipit

Si Paris m’était conté

Nouvelle parution de la collection Incipit, je ne vous la présente plus… tous les ouvrages sont chroniqués sur le blog !

Nicolas d’Estienne d’Orves imagine un de ses contemporains dans la peau d’un justicier de l’esthétique parisienne qui met au point un moyen de remonter le temps et qui use et abuse de sa découverte pour remodeler Paris selon son envie en manipulant le passé pour empêcher la création de tel ou tel monument, de telle ou telle réalisation dont il considère qu’elle fait tache dans son Paris idéalisé.

C’est donc par pure subjectivité qu’il décide de s’en prendre au métro. Mais après avoir assassiné de futurs architectes et manipulé les destinées de certains ministres de la culture qui ne le seront finalement jamais, le « héros » de Nicolas d’Estienne d’Orves tient à ce que son action sur le métro parisien soit son coup d’éclat, celui qui le fera sortir de l’ombre, la signature qui le fera reconnaître comme l’architecte ultime de Paris.

Cette soif de reconnaissance constitue le talon d’Achille de notre terroriste esthético-temporel, celui par lequel il ruinera toute son œuvre. Parviendra-t-il à ses fins ? De la réussite ou de l’échec de son attentat contre le métro le jour de son inauguration au début du XX° siècle dépendra la face du Paris que nous connaissons.

A travers cette boucle temporelle, Nicolas d’Estienne d’Orves livre le récit le plus énigmatique de la collection Incipit, le plus éloigné de l’idée originelle consistant à évoquer une première fois de l’histoire, en tout état de cause celui qui utilise le moins le réel et le plus la fiction, au point d’effacer la réalité pour ne laisser au lecteur que l’idée vertigineuse et fascinante du voyage dans le temps et de la manipulation du passé.

On est beaucoup moins dans le récit d’une vérité historique que dans la fable moderne puisant ses racines dans le passé industriel d’une nation pour mieux en faire ressortir les affres du consumérisme, qui montre et rappelle du doigt les raisons des progrès techniques, des avancées culturelles, des évolutions architecturales, toutes pensées dans le but de rendre la vie des gens plus agréables tout en les aliénant à ce dont la société a besoin ; des travailleurs, des producteurs de richesses sans forcément en être consommateurs.

C’est tout cela qui transparaît dans ce très court récit d’anticipation passéiste ! Belle idée, belle plume.

Publicités