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Titre : Marx et la poupée

Auteur : Maryam Madjidi

Éditeur : Le Nouvel Attila

Je m’aime moi non plus

« Marx et la poupée » est le récit autobiographique, universel, parcellaire et poétique de Maryam Madjidi de son enfance iranienne à sa vie « française ».

Ce qui frappe d’abord, c’est la structure du livre ou son absence qui en est tout sauf une. En refusant de livrer un récit chronologique et linéaire, Maryam Madjidi prenait le risque de perdre un peu son lecteur entre les différentes étapes de son parcours initiatique. Mais c’est bien au contraire dans un kaléidoscope de souvenirs, de sensations, de tourments qu’elle nous entraîne, un patchwork d’aventures.

Ce qui retient ensuite l’attention ce sont les incessants allers-retours entre le « Je » et le « Il » ou le « Elle ». Maryam Madjidi parle d’elle-même ou de ses proches aussi bien en usant du je que du il ou du elle. Cette hésitation, qui n’en est pas une à mon sens, joue sur deux ressors opposés mais pourtant complémentaires. D’une part, Maryam Madjidi se désincarne pour rendre son histoire universelle : elle n’est pas unique dans son parcours, d’autres ont vécu la même chose avant elle, mais en se référant à elle-même à travers le prisme du « elle », elle s’éloigne de sa propre histoire pour l’offrir au lecteur. D’autre part, elle cherche à s’approprier toutes les histoires passées, similaires à la sienne, pour les rendre toutes particulières. Maryam Madjidi oscille donc sans cesse entre universalité et particularité, avec un brio rare.

A travers ce double traitement de la personnalité de ses personnages, Maryam Madjidi rend un peu (beaucoup) compte du dédoublement qui s’est opéré en elle : elle a oscillé toute sa vie entre ses racines iraniennes et la nécessaire coupure qu’elle a dû opérer lors de son arrivée en France. A travers une double langue, à travers une double culture, Maryam Madjidi n’est plus elle-même nulle part.

A défaut de parvenir à faire la paix intérieure entre ses différentes « personnalités » (il n’est évidemment pas question ici de psychoses ou de dédoublement de personnalités !), le réfugié est un exilé permanent, un déraciné perpétuel.

Dans cette recherche de soi-même, Maryam Madjidi sera secondée par la voix de sa grand-mère, restée en Iran. Les passages où Maryam Madjidi échange virtuellement dans des scènes où pourtant cette voix intérieure prend corps font partie des plus admirables du livre.

Un très beau livre donc sur l’exil, la fuite, l’enfance, le déracinement, la mémoire, l’oubli et le souvenir, sur la construction d’une personne à travers diverses épreuves, sur la vie tout simplement avec quelque chose en plus de profondément humain, d’intrinsèquement assoiffé d’existence et de vie.

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