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albuquerque

Titre : Albuquerque

Auteur : Dominique Forma

Éditeur : La Manufacture de Livres

City of angels ?

Jamie Ashton fait partie, avec sa femme, depuis 1990, du programme fédéral de protection des témoins. Il vit à Albuquerque une vie merdeuse constituée de petits boulots qui ne remplissent pas le réfrigérateur et des brimades de sa femme qui le déteste depuis 11 ans.

Mais aujourd’hui tout va changer. Jamie est rattrapé par les membres du gang qu’il a trahi à New-York il y a maintenant 11 ans. Jamie doit fuir pour tenter de joindre son correspondant du programme et organiser une nouvelle vie. Une de plus…

Mais son correspondant est injoignable et Jamie décide de prendre la route jusqu’à Los Angeles, le siège des fédéraux et du programme de protection.

Mais la route est longue entre les anciens membres du gang qui continuent leur chasse à l’homme et sa femme que la nécessité de fuir et le désir de survivre ne font pas dévier d’un ïota de sa position précédente : elle déteste son mari, ce qu’il fut, ce qu’il est devenu et elle-même par conséquence.

Alors oui c’est une sorte de road-book sous forme de course poursuite à distance entre d’un côté Jamie et sa femme et de l’autre les anciens membres du gang dont Jamie était le comptable avant que leur chef ne lui impose de participer à leurs cambriolages, ceux-ci devenant de plus en plus violents et morbides.

Mais ceci n’est qu’une trame, un prétexte, une toile de fond permettant de dresser une ambiance et un rythme pour la partie la plus importante du récit de Dominique Forma. Ce dernier s’intéresse (et nous intéresse) beaucoup plus à la relation totalement délétère entre Jamie et sa femme qu’à sa course poursuite. Certes il la relance de temps en temps en mettant des sbires de son ancien gang sur sa route à intervalles réguliers mais cela ne sert qu’à mettre plus en valeur le vrai fil conducteur du récit : Jamie et Jackie.

Les noms sont clichés, les paysages sont clichés (road 66 oblige !), les situations sont clichées (la scène chez la mère de Jackie, par exemple, ou celle dans l’immeuble des fédéraux à la fin). C’est du cliché assumé et Dominique Forma tient son lecteur par l’entremise de l’incertitude qui plane sur le devenir du couple. Jackie ne cache pas que cette fuite est inespérée pour Jamie et que sans elle, elle serait partie seule de son côté. Elle ne lésine pas sur le venin et la bile qu’elle crache à longueur de kilomètres à la face de Jamie qui, lui, ne rêve que d’une chose : reconquérir sa belle et voit dans la promiscuité imposée par cette fuite l’occasion de démontrer à sa femme qu’elle a tort de le détester et qu’il peut encore se montrer signe d’elle.

Au moment de leur rencontre, Jamie, qui s’appelait alors Damian, avait fait un pari sur sa relation à venir avec celle qui s’appelait encore Eva : en la raccompagnant un soir, il s’arrête au volant de sa voiture en bas de chez lui ; alors qu’elle lui dit ne pas vouloir sa vie basée sur le grand banditisme, il quitte sa place, laisse le volant à Eva et lui dit qu’il la laisse partir, qu’il récupérera sa voiture plus tard mais qu’il va rester là, en bas de chez lui et qu’elle peut faire demi-tour… ce qu’elle fera. Ce pari, il le retentera au pied de l’immeuble des fédéraux à Los Angeles. En quittant la voiture pour tenter de joindre enfin son correspondant il dit à sa femme quelle peut partir mais qu’il sera de retour devant l’immeuble dans peu de temps et qu’il l’attendra… A vous de voir si Damian/Jamie remportera une nouvelle fois son pari insensé…

Un couple s’étiole, se hait, se déchire, fuit dans la peur, le dégoût, l’espoir d’un côté et le désespoir de l’autre, et Dominique Forma livre là un texte court et tout en sobriété : un parfait ramassis de glauquerie et de sombritude !

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