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Titre : L’organisation

Auteur : Maria Galina

Éditeur : Agullo

Navigation au fil d’un nid de coucous

Un livre qui mentionne Boulgakov en quatrième de couverture est forcément un bon livre. Partant de ce principe de base, nous pouvons aller jusqu’à dire que celui-ci est excellent !

Rosa, une jeune fille dans la Russie pré-olympique de 1979 accepte un poste administratif portuaire dans le service SSE/2. Voilà pour le résumé : l’histoire tient sur ce simple pitch. Et pourtant il y a tellement de choses dans ce livre…

Il y a d’abord le mystère qui entoure les personnalités des membres de ce bureau SSE/2 : une sorte d’employée de bureau doublée d’une diseuse de bonne aventure extra-lucide, un spécialiste, Vassili, qui ne dit rien et prétendant tout dévoiler à Rosa qui se retrouve paumée littéralement dans son nouveau travail et pourtant personnellement impliquée dans la résolution d’une enquête de son bureau liée à la découverte d’hommes morts liés à un bateau.

Cette trame particulièrement ésotérique relie tous les autres aspects du livre entre eux. Ce fil conducteur se dévoile au fur et à mesure du seul souhait de Maria Galina qui procède par touches surréalistes dans le but de livrer un tableau global impressionniste. Ce mélange est aussi déstabilisant que passionnant pour le lecteur qui devra accepter de se laisser mener en bateau (c’est bien le cas de le dire) pour savourer ce petit bijou. Il faut accepter le fait qu’on sait pertinemment « qu’il s’est passé quelque chose » mais sans que l’on sache vraiment quoi…

Au-delà des références à Lovecraft et au fantastique d’un Masterton à travers la présence de divinités issues de multiples références culturelles et pas seulement russes, il y a une vraie notion d’universalité dans le récit de Maria Galina : toutes les cultures sont soumises à des influences divines (mais jamais religieuses !) d’entités souveraines à la recherche d’une terre, d’un environnement propre à les accueillir. Maria Galina fait tomber les frontières pour mieux montrer qu’elles ne sont qu’une invention humaine destinée à diviser, tout comme les langues ne doivent pas être un obstacle aux échanges.

Maria Galina en profite également au passage pour décrire une URSS en proie aux manques, aux files d’attente dans les magasins qui peuvent donner lieu à des situations ubuesques et abracadabrantesques qui font mouche.

Sans se départir d’un certain humour, parfois grinçant et souvent absurde, Maria Galina fait passer tous ses messages sans avoir l’air de, avec un (sur)naturel ébouriffant.

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