Mots-clefs

, , , , , , ,

Titre : Suréquipée

Auteur : Grégoire Courtois

Éditeur : Folio SF

Objets animés, avez-vous donc une âme ?

Nous sommes en 2111. La voiture est devenue organique. Faite de chair et de sang, elle est le fruit de la manipulation génétique d’un scientifique qui a combiné les codes de différents animaux, prenant à chaque espèce les aptitudes ou particularités qui l’intéressaient, en matière de résistance, d’endurance, de souplesse, de vitesse, etc…

A travers une succession de rapports extraits de la mémoire de la première voiture créée qui a fini entre les mains d’un particulier qui a mystérieusement disparu, le scientifique a l’origine de leur création tente de comprendre ce qui est arrivé à la personne qui a disparu.

Grégoire Courtois construit son récit autour de deux périodes principales : les rapports liés à la genèse de cette voiture (création et premières démonstrations) et ceux issus de l’année précédent l’année 2111, période où la voiture fut la propriété de la personne disparue. Une centaine d’années séparent ces deux périodes. Grégoire Courtois nous permet ainsi de comprendre le fonctionnement de ces véhicules d’un nouveau genre (et on peut dire qu’il a pensé à tout) et de voir l’évolution de la relation d’un homme pendant un peu plus d’un an avec ce même type de voiture vivante.

Le livre de Grégoire Courtois a beau être court, il n’en est que plus intense ; aussi intense que la relation de l’homme à sa voiture. La multiplicité des thèmes abordés par l’auteur ne rend pas pour autant le livre trop touffu, au contraire. Car Grégoire Courtois, s’il explicite au lecteur ce qu’il s’est passé, ne fait que donner les clefs nécessaires aux réflexions proposées par son récit : la relation entretenue par un homme avec sa voiture donc (qu’elle fut organique ou classique d’ailleurs) et par là la relation de tout être aux objets, le rapport de l’être humain au sentiment de possession, à l’amour, les manipulations génétiques, le rapport du scientifique créateur d’un être hybride objet/vivant avec sa créature, les objets dits « intelligents » ont-ils une âme ?… Autant de thèmes et d’interrogations auxquels le lecteur pourra réfléchir grâce à Grégoire Courtois.

Ah, on finit bien par appréhender ce que Grégoire Courtois en pense lui-même mais tout l’intérêt du livre est de susciter celui du lecteur sur ces différents thèmes.

Grégoire Courtois ne se contente pas de provoquer les interrogations de son lecteur, il le fait avec un récit parfaitement structuré et pensé et remarquablement bien écrit et passionnant.

Tout au long de la narration il joue entre les différents personnages confrontés aux rapports de la voiture : d’un côté l’huissier témoin de la lecture et de l’analyse que l’on pourrait faire des rapports et le scientifique à l’origine de la création des voitures organiques, mieux à même de les analyser (ou de les comprendre ?) mais aussi plus enclin à masquer leurs égarements. Entre ces deux personnes, s’opposent deux visions totalement différentes de ce que représente la voiture organique. L’huissier de son côté interprète les rapports comme preuves de la présence d’une pensée propre à la voiture tandis que le scientifique, véritable professeur Frankenstein, protège sa création, et lui-même par la même occasion.

Entre les deux, un intermédiaire aussi peu objectif que possible : un ordinateur, dénommé Jane, qui se fait l’interprète des rapports contenus dans la voiture dans la mesure où celle-ci n’est pas douée de la parole mais constitue ses rapports uniquement d’impulsion que Jane est chargée de traduire. Mais la retranscription proposée par Jane est-elle fidèle ou n’est-elle qu’une interprétation des pensées de la voiture ? Et si ce n’est qu’une interprétation, qui est Jane pour insuffler une pensée propre à la voiture au-delà de ses simples impulsions ?

Ne passez pas à côté de ce tout petit par la taille mais très grand par le contenu livre.

Publicités