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Titre : Croire au merveilleux

Auteur : Christophe Ono-dit-Biot

Éditeur : Gallimard

Après Eros, Thanatos

« Croire au merveilleux » de Christophe Ono-dit-Biot est la suite de « Plonger » sorti il y a quelques années. On peut le lire sans avoir lu le précédent mais il manquerait alors, à mon sens, une dimension à cette lecture. Celle-ci n’est entière qu’en confrontant les deux récits.

Dans ce second « chapitre » de l’histoire, on retrouve César et sa façon de survivre à la disparition de Paz et à l’absence de réponse liée à son départ brusque : Paz avait-elle l’intention ou non de revenir ? Le doute dans lequel César doit rester le ronge et le pousse à envisager le pire : le suicide 2 ans après la mort de Paz, malgré la présence d’Hector, leur fils, 6 ans.

Malgré la mort de Paz qui planait sur tout le récit, le premier volet de l’histoire racontée par César avait trait à Eros, portant l’amour de deux êtres humains, sublimés dans la naissance d’un enfant et qui pourtant s’étiole. Ce second volet est l’envers du décor, le revers de la même pièce : Thanatos prend toute son ampleur et toutes ses aises à travers le désespoir morbide de César.

Tout le livre est une double quête. Tout d’abord, celle de la réponse à la question « avait-elle prévu de revenir ? ». Ensuite, celle de la réponse à la question, corollaire de la première, « Paz m’a-t-elle envoyé un signe ? ». César est bien le seul à ne pas voir en Nana le signe envoyé par Paz à César.

A partir du moment où le lecteur comprend ce signe et assimile que « Croire au merveilleux » est le pendant thanatonique de l’érotonique « Plonger », le second livre prend tout son sens et le plaisir de lecture n’en est que plus décuplé. Plaisir précédemment perturbé par le côté parfois démonstratif des souvenirs de César et donc un peu (beaucoup) de l’auteur : à travers ses nombreux voyages, Christophe Ono-dit-Biot fait partager ses expériences au lecteur, une manière de les revivre et de les faire vivre…

Et pourtant, il y a parfois quelque chose d’artificiel à se dire que certes l’auteur les a vécues pour nous les faire partager mais que décidément c’est un petit peu prétentieux de systématiquement dénicher les meilleurs endroits, les meilleurs citrons, les plus belles vues, les plus beaux sites…

Ce petit bémol mis à part et qui se dissipe au fil de la lecture, on y retrouve toute la passion de l’auteur pour l’hellénisme, les mythes et les symboles qu’il travaille, triture, digère pour nous et qu’il habille du costume de la fiction romanesque. Le tout avec une virtuosité magnifiée par le fond.

Le diptyque formé par les deux livres de Christophe Ono-dit-Biot recèle d’une myriade de références à la culture grecque que ce soit à travers les prénoms des personnages, Nana, Dita, Zio, les navires qui portent les noms des muses, la forme des îles, le nom de la bière ou encore le lexique employé par Christophe Ono-dit-Biot qui est à fond dans le registre antique, pour notre grand bonheur.

Ce livre s’interprète tout au long de la lecture comme un songe onirique, divin et médiumnique, comme si les Dieux de la mythologie, après un silence qui s’apparentait à une disparition pure et simple, avaient décidé d’intercéder en faveur d’un de leur plus fervent admirateur, passionné d’une civilisation passée mais pas passéiste et au contraire porteuse d’un message symbolique pour le futur.

L’auteur nous invite à croire en quelque chose de supérieur à notre enveloppe charnelle, en une sorte d’allégorie de la vie qui doit nous mener vers une sérénité que le monde actuel n’est pas prêt à nous offrir sur un plateau. Alors même si cet opus est un ton en-dessous de merveilleux « Plonger », suivons-le…

Le lien vers le compte-rendu de la rencontre organisée par Babelio est ici.

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