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Titre : Le diable, l’exorciste et le psychanalyste

Auteur : Maurice Bellot et Alberto Velasco

Éditeur : Favre

Le diable se Nietzsche dans les détails

Je crois que j’aime bien les livres d’entretien… il y a un plaisir certain à voir se développer un échange d’idées entre deux personnes et ce d’autant plus qu’elles viennent d’univers très différents même si une certaine pratique, celle de l’exorcisme, les a réunies.

« Quel rapport entre l’exorcisme, un prêtre et un psychanalyste ? », me demanderez-vous.

« Entre l’exorcisme et le prêtre, je ne m’étendrai pas. Outre le faite que cela peut paraître anachronique, le lien est pour le reste on ne peut plus évident. Pour ce qui est de l’exorcisme et du psychanalyste, il faut aller chercher le lien chez le prêtre… celui-ci est nommé exorciste de la ville de Paris en 1993. Pour exerce son office, il dispose d’une petite équipe de laïcs et de religieux et d’une relation existante avec l’institution Sainte Anne à Paris. Ce prêtre, Maurice Bellot, a qui plus est effectué lui-même une analyse et est sensible à la relation qu’il peut y avoir entre le sentiment de possession et le mal-être d’une personne. La psychanalyse est donc pour lui en quelque sorte la première forme d’exorcisme », vous répondrai-je.

Le livre commence donc intelligemment par définir ce qu’est l’exorcisme et le rôle de l’exorciste, en tout cas le rôle tel que Maurice Bellot l’envisage et comment il articule ses interventions avec Alberto Velasco.

Sa propre tâche, telle que la définit Maurice Bellot, est de libérer d’une possession, d’une souffrance physique et psychologique avant que d’être une possession en bonne et due forme. C’est une maladie dans le sens de mal être.

Maurice Bellot, de par son parcours personnel et de par la relation existante entre son officine et Sainte Anne, a tout de suite conscience qu’il doit avant tout être psychologue pour aider et accompagner plus que guérir les personnes qu’il rencontre. La figure du diable n’est finalement, dans la plupart des cas, qu’un exutoire, la cristallisation du mal-être et de la souffrance vécue par les personnes qu’il rencontre.

Alberto Velasco souligne avec malicité le paradoxe qui réside dans l’idée même d’exorcisme. Il s’agit pour un prêtre certes de libérer une personne au nom de l’Eglise mais dans le même temps de vaincre et faire disparaître le meilleur ennemi même de l’Eglise et de s’en priver réthoriquement parlant.

Le diable se résumerait donc à un simple concept, sans matérialité. Le rôle du psychanalyste est avant tout de montrer que la figure du diable n’est qu’une construction de l’inconscient quand la mission du prêtre est de disqualifier le concept de diable. L’un cherche à faire disparaître le phénomène quand l’autre veut lui trouver une cause aussi intime soit-elle.

L’invention du diable est en fait fort utile. Elle permet de mélanger les effets et les causes et, pour la victime, de rejeter la faute sur l’autre alors que le diable se niche en chacun de nous dans la part de ténèbres qu’il faut accepter en soi. On ne peut pas se réaliser pleinement si on n’en reste qu’à la recherche de la perfection : la part de ténèbres en nous est celle qui permet à l’individu de maintenir son équilibre psychique, dans le mesure où elle reste minoritaire. La recherche de la perfection engendre le malheur psychologique. Satan, le diable personnifié, serait ainsi la part de ténèbres de Dieu, sa zone d’imperfection. En voulant exorciser Satan, on touche directement à Dieu et donc au Père… Freud quand tu nous tiens !

Le diable est donc avant tout une construction biblique, forgée par les textes et « récupérée » par la psychanalyse. Mais la possession en tant que telle doit s’entendre dans le double sens du fait de posséder : être et avoir. Le diable est par essence tentateur et c’est pourtant Dieu qu’on supplie de ne pas nous soumettre à la tentation et c’est pourtant Dieu qui met Adam et Eve en situation d’être tentés, de transgresser un interdit même si cela se structure dans la personnalité du serpent, réceptacle de Satan.

Les rapports de l’Eglise au diable et de l’être humain au diable sont donc complexes et mêlent inconscient et paradoxe…

Une lecture qui vaut avant tout pour le sujet abordé sous forme de confrontation de deux parcours que tout pourrait opposer et qui se sont pourtant rencontrés pour se mettre au service de personnes en situation de détresse.

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