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Titre : L’animal et son biographe

Auteur : Stéphanie Hochet

Éditeur : Rivages

Animal sana in corpore sano

L’auteur tourne autour de son sujet, autour de son lecteur, autour de son livre comme le chasseur tourne autour de sa proie… Affût, traque, poursuite et mise à mort sont autant les différentes étapes de la chasse qu’elles reflètent la structure du livre et la vie du personnage humain central du roman : l’écrivain.

Affût : observation du gibier

L’écrivain arrive sur son lieu de villégiature littéraire où il va aller à la rencontre des lecteurs.

L’auteur observe son sujet et le présente au lecteur en le mettant en scène sans en dévoiler la teneur exacte.

Le lecteur, en parfaite symbiose avec son auteur, tourne autour de la bergerie, tente de débusquer le loup. Il y a anguille sous roche mais il a besoin de plus de nourriture de la part de l’auteur pour gagner en force et en audace et lever le lièvre.

Les personnages se mettent en place, l’écrivain bascule petit à petit sans s’en rendre compte dans une réalité parallèle et le lecteur plonge avec lui. Il ne s’étonnerait même plus que les poules aient des dents… et il ne manquerait plus qu’elles mordent. Tout comme on s’attend à ce que les hôtes taxidermés des hôtes de l’écrivain s’animent et prennent à partie l’écrivain.

L’auteur commence à jouer avec son sujet et avec son lecteur.

Traque : rabattage de la proie

Le round d’observation s’achève. L’écrivain semble quitter sa prison pour mieux pouvoir accepter de se cloîtrer volontairement au bénéfice du grand œuvre de l’Organisation.

L’auteur prend soin de rabattre son lecteur en lâchant ses chiens : indices, fausses pistes, accélération de l’intrigue, montée du suspense… tous les artifices sont bons pour préparer le feu sous lequel le lecteur va être pris par la suite.

Le sujet est circonscrit habilement, l’auteur rejoindra bientôt son lecteur pour la chasse.

Mais où est l’animal ? où est l’homme ? qui est la proie ? et qui est le chasseur ? quelle est la position du lecteur ? et celle de l’auteur ? De l’auteur, du lecteur, de l’écrivain et de leurs sujets, les rôles sont de plus en plus flous tandis que celui de l’auteur commence à se préciser.

Poursuite : chasse

L’écrivain se lance à la poursuite de son sujet : sa chasse est son écriture, ce moment de création et de beauté pure où tout est permis au nom d’un art. La violence y gagne ses lettres de noblesse.

L’auteur se retrouve seul face à son œuvre et face à son lecteur : son œuvre commence à lui échapper. Puis en Diane chasseresse, l’auteur se rapproche de sa proie, se réapproprie son œuvre en une tentative désespérée de garder la main sur elle. L’écrivain qui s’interroge sur le pouvoir dont il dispose sur son œuvre, sur celui dont le lecteur bénéficie quand il se l’approprie, renvoie l’auteur à sa propre posture et à la distanciation qu’il doit prendre vis-à-vis de quelque chose qui finira par lui échapper quelque soit l’issue de la chasse.

Qui est finalement la proie ?

Mise à mort : dénouement

Chacun reprend son propre rôle et endosse finalement celui des autres. Les frontières s’estompent. Le chasseur a gagné et perdu tout à la fois. Seul pendant tout la traque et pendant la chasse, l’auteur reste seul, abandonné par sa création même. Il rend les armes comme son écrivain qui ne peut baisser les bras et s’abandonner au sort que lui réserve le lecteur.

Le lecteur se retrouve seul aussi avec ce que lui a offert l’auteur. Cet abandon est la plus belle mort de l’œuvre de l’auteur et de l’écrivain. Elle échappe à tout le monde pour vivre sa propre vie. Elle renaît à travers les transmissions qui se feront post-mortem c’est-à-dire post-parution.

 

A travers l’enfermement, l’isolement, mais aussi la présence d’une meute où tout le monde est partie prenante, à travers la création d’une figure divine de l’écrivain personnifiée dans un animal, à travers la personnification de l’auteur dans la figure de l’écrivain et la distanciation qu’elle s’impose à l’arrivée de la mise à mort en allégorie de la séparation de l’auteur d’avec son œuvre, Stéphanie Hochet interroge son lecteur sur les rôles essentiels de chacun dans un processus de création.

Il faut laisser le temps au livre de dévoiler sa structure, à l’auteur de braquer sa lampe frontale sur les sujets qu’elle veut aborder. Tout au long de ces pages, elle brouille les frontières entre animal et être humain comme pour montrer à quel point ce qui est fait à l’un est fait à l’autre indifféremment. L’homme en général et l’écrivain en particulier est un animal comme les autres…

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