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Titre : Sulleone

Auteur : Olivier Collard

Edition : Editions du Cursinu

Une vendetta… bien corsée

La Corse. Ses canicules, ses mouvements indépendantistes, ses rancoeurs amicalo-familiales. De 1976 à 2016, 40 ans séparent une accumulation de haine d’un seul homme, Ferdinand, qui a vu sa famille détruite à petit feu du dénouement de cette histoire alors que Ferdinand est atteint d’un cancer.

Tout d’abord en 1976, quand le fils de Ferdinand, Stefanu, est arrêté pour recel d’armes du mouvement indépendantiste dans une petite grange. Cette arrestation, ainsi que celle du patriarche, a entraîné des pertes financières et de bétail quasi insurmontables.

Ensuite en 1996, quand Etienne, le fils de Stefanu et petit-fils de Ferdinand, est tué dans un accident de chasse, laissant sa femme, Marilyne, et son fils, Pierre-Baptiste, seuls avec Ferdinand.

Ferdinand, qui a mis sous l’étouffoir ses désirs de vengeance pendant 40 ans et qui, sentant sa fin proche, décide de mener enfin à bien sa vendetta personnelle en cette année 2016.

Après un départ un peu plat, l’intrigue se concentrant sur le mouvement indépendantiste et sur les frictions entre les familles de Ferdinand et celle des Rimigni, dont Antoine est le parrain de Pierre-Baptise, le récit prend un peu d’ampleur en posant bien les différentes implications de l’imbrication de ces deux événements, indépendantisme et rancoeurs locales, entre eux.

Olivier Collard fait entrer dans ce jeu de quilles deux chiens un peu fous : un détective privé, ancien flic, et son commis complice, d’origine maghrébine, qui tapent allègrement du pied dans la fourmilière des affaires du passé et ses ramifications contemporaines. Chiens fous, ils forment un duo à la limite du grotesque qui ne maîtrise jamais ce qu’ils font et ce qu’ils provoquent.

En face d’eux, Ferdinand tire les ficelles en sous-main cherchant avant tout à provoquer l’irruption d’une forme de fatalité qui amène à dénouer toutes les histoires du passé qui resurgissent à l’occasion d’une nouvelle partie de chasse dramatique, sous la canicule corse qui échauffe les esprits et les envies de vengeance.

Pour complexifier un peu son intrigue, Olivier Collard fait surgir dans son récit un maître d’échec russe qui offre un nouvel os à ronger à nos deux détectives.

On a donc clairement deux fils narratifs, deux tons différents : un ton plus noir, plus sombre quand le récit sort de la bouche de Ferdinand, un ton plus léger quand il vient de celle du détective. En bouquet final, heureusement que le mot de la fin revient à Ferdinand et à la confrontation finale avec son ennemi de toujours, son pendant dans la famille Rimigni.

« Sulleone » prend ainsi des airs de western corse qui n’aurait pas voulu choisir entre « Le bon, la brute et le truand », avec Ferdinand, les Rimigni et la mafia en pendant, et un western spaghetti avec Bud Spencer et Terence Hill personnifiés dans les figures des deux détectives. Un mélange au final pas si déplaisant et plutôt amusant pour un agréable moment de lecture.

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