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Titre : Os de lune

Auteur : Jonathan Carroll

Éditeur : Les Forges de Vulcain

J’ai demandé à la lune…

« Ces écrivains ou ces artistes n’avaient pas tant reproduit fidèlement la vie que dessiné ou écrit d’une façon si personnelle qu’on avait l’impression qu’ils avaient créé la vie, qu’ils avaient créé un monde qu’ils nous offraient ensuite. Et c’est cela qui les rendait si remarquables. Et une fois qu’on a vu le monde par leurs yeux, on ne peut plus jamais le revoir comme avant. » Ces propos se trouvent dans l’introduction du livre rédigée par Neil Gaiman. C’est frappant à quel point un autre être que vous parvient à synthétiser votre pensée de manière aussi subtile et complète… bon, ok, c’est frappant à quel point certaines vérités vous sautent aux yeux quand vous les lisez sous la plume d’autres êtres dont vous touchez à peine du bout du doigt la supériorité.

Cullen est mère d’une petite fille. Elle est mariée avec Danny, veuf d’un premier mariage. Ils se connaissent de la fac, il est parti en Europe jouer au basket de manière professionnelle, elle a vécu un avortement, ils se sont retrouvés, aimés, mariés… tout semble don aller pour le mieux si ce n’était pour ces rêves étranges que fait Cullen. Elle y croise un petit garçon, SON petit garçon qui lus est, un chien gigantesque et tout un tas d’autres protagonistes avec qui ou contre qui elle va partir en quête de cinq os. Réunir ces cinq os semble aussi important pour le monde des rêves, qui s’appelle Rondua, que pour la réalité.

Jonathan Carroll maîtrise l’art de la parabole, de la fable comme nul autre. Il parvient, par petites touches successives, à faire s’évanouir les frontières entre rêves et réalités. La césure entre les deux est d’abord très claires, très nettes avant de s’estomper, d’abord dans l’esprit de Cullen et parallèlement dans celui du lecteur, jusqu’à perdre toute consistance et qu’on ne sache plus dans quel monde on se trouve.

A partir de là, toutes les possibilités sont offertes à Jonathan Carroll pour faire se répondre et se refléter les événement d’un monde avec l’autre, chaque éléments d’un monde prenant corps et réalité dans l’autre monde et inversement. On perd la notion d’origine, tout est trop imbriqué l’un dans l’autre pour qu’il y ait un monde plus vrai que l’autre, plus réel que l’autre, plus tangible que l’autre. Cette interface dynamique entre les mondes emporte tout sur son passage et le lecteur de se dire que finalement ce qui importe c’est autant le cheminement que le but du voyage quand bien même l’atteinte d’un objectif n’est que le début d’une nouvelle quête.

La vie est un éternel recommencement, pas forcément avec les mêmes protagonistes, mais tout n’est qu’une histoire de cycles, de remplacement, de renouvellement. L’important n’est donc pas de savoir si on va trouver ce que l’on cherche mais où on va le trouver. Le chemin de Cullen est celui qui mène vers son cœur à travers des questions existentielles autour de la vie et de la mort, de la maternité, de l’avortement, du courage, du sacrifice aussi.

Jonathan Carroll, au fil des pages de ces « Os de lune », colle parfaitement à la définition fournie par Neil Gaiman en préambule de ce récit et reprise telle quelle dans ce billet. Il ne s’est pas contenté de projeter le lecteur dans son univers, c’est son univers qu’il a projeté sur le lecteur pour l’y englober complètement.

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