Mots-clefs

, , , , , , , , ,

Titre : Comme de longs échos

Auteur : Elena Piacentini

Éditeur : Fleuve Noir

Qui de loin se confondent dans une ténébreuse et profonde unité

Mathilde Sénéchal est une enquêtrice de l’équipe d’Albert Lazaret dont elle est plus que proche. On ne saura pas grand-chose des fêlures de Mathilde et c’est tant mieux. Elles sont là pour donner du relief à l’histoire, pas pour prendre la place de l’histoire. Car voici un livre qui n’oublie jamais ses personnages même si ceux-ci n’en sont pas les ingrédients principaux. Ils sont ceux par qui l’histoire avance mais c’est elle qui importe plus que le reste.

Tout commence par la découverte par un homme du cadavre de sa femme, assassinée d’une balle dans la tête, et de la disparition du corps de leur bébé. Tout semble s’orienter vers la culpabilité du père à laquelle ni Mathilde ni Albert ne croient. Et pourtant, le père en a des choses sur la conscience… Sans compter sur l’apparition dans l’enquête de Pierre Orsalhier, sorti de sa retraite montagnarde : il a enquêté plusieurs années auparavant sur une affaire similaire dans laquelle le père s’était suicidé après avoir clamé son innocence et sans que ni le bébé ne soit retrouvé ni l’affaire soit élucidée.

Elena Piacentini, connue par ailleurs pour sa série autour du commissaire Pierre-Arsène Léoni qui se déroule aussi à Lille et qui parait aux éditions Au-delà du Raisonnable (voir ici, ici et là), s’attaque à un fait divers réel autour duquel elle brode sa sauce fictionnelle : l’association du fait divers et de la sauce crée un plat parfaitement réussi, comme d’habitude chez cette auteure.

A partir de ce meurtre et de cette disparition, Elena Piacentini livre un récit où le temps est l’élément maître de l’histoire : l’enquête concernant une disparition d’enfant concentre toutes les tensions, toutes les urgences. Elena Piacentini le rend merveilleusement bien à travers son écriture rapide et des chapitres très courts. Le lecteur, au même titre que les enquêteurs, est emporté dans une frénésie de recherches, de fausses pistes, de découvertes, de chausses trappes, de réussites et d’échecs.

On retrouve aussi dans cette histoire ce qui fait la signature d’Elena Piacentini. Outre une écriture fluide qui déroule l’histoire efficacement, Elena Piacentini n’oublie jamais d’être particulièrement humaine avec ses personnages et par la même occasion, quelques soient leurs histoires ou leurs parcours, de leur transmettre une partie de cette humanité. Ainsi en va-t-il d’Albert Lazare, qui porte bien son nom, un miraculé de la vie qui participe de près à la « résurrection » psychologique de Mathilde Sénéchal, boostée par sa rencontre avec Pierre Orsalhier, lui-même une sorte de miraculé de la vie. Ainsi en va-t-il des enquêteurs qui savent tous faire preuve d’empathie ou de rejet vis-à-vis des personnes qu’elles croisent au cours de leur enquête, qui savent aussi faire preuve d’un esprit de corps qui ne paraît pas factice, pas surjoué. Ainsi en va-t-il de la jeune voisine de Mathilde Sénéchal, petit rayon de lumière et étincelle de vie dans la vie de Mathilde.

Chose par contre inhabituelle chez Elena Piacentini, cette histoire, qui tourne autour des thèmes de l’amour, des pulsions, de la passion, de l’éternité, recèle des morceaux de surnaturels liés aux motivations des meurtriers/kidnappeurs : Elena Piacentini nimbe son récit d’une aura mystérieuse qui lorgne du côté du romantisme noir et apporte une note surannée, justement dosée, au livre. Encore une belle réussite d’intrigue et d’écriture pour cette auteure attachante et humaine.

Publicités