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Titre : Le diable n’est pas mort à Dachau

Auteur : Maurice Gouiran

Éditeur : Jigal

Le Diable ne meurt jamais

Agnost-d’en-Haut… petit village paumé de France… Henri, mathématicien chercheur officiant aux Etats-Unis, reviens en 1967, dans le village de son enfance pour l’enterrement de sa mère. Ce retour aux sources ne l’emballe pas, les retrouvailles avec le paternel n’étant pas l’occasion d’effusion de larmes ni de bons sentiments entre les deux.

La cérémonie coïncide avec l’enquête de la police autour d’un meurtre de voisinage : le fils d’une famille d’immigrés italiens aurait assassiné un homme, sa femme et sa fille. Mais ce n’est pas n’importe quel homme. Il s’agit de Stokton, chercheur américain qui venait passer régulièrement ses vacances à Agnost-d’en-Haut.

Épaulé par Antoine, un ancien ami d’études devenu journaliste et présent pour couvrir ce meurtre, Henri va fouiller le passé de Stokton pour essayer de comprendre pourquoi il a été assassiné et par qui.

Maurice Gouiran, avant de faire une incursion dans une histoire beaucoup plus contemporaine en toute fin de livre, situe son action sur trois périodes précises : 1943-1945 tout d’abord avec des scènes prises dans le camp de concentration de Dachau ; 1951, ensuite, année où a eu lieu en France l’affaire de l’intoxication à l’ergot de seigle puis enfin 1967, moment de l’enquête sur la mort de Stokton et du retour d’Henri en France.

Dachau a été le théâtre, tragique, d’expérimentations par les médecins, nazis pour certains et allemands pour tous, sur les prisonniers. Sérum de vérité, résistance physique, surhomme… tous les thèmes étaient bons pour faire des tests grandeur nature sur la population des camps. Il ne fait pas de doute que Stokton a un passé peu reluisant et que sa mort y est intimement liée. C’est ce que découvrent rapidement Henri et son ami Antoine, secondés et aidés par ses contacts américains pour le premier et les archives de son journal pour le second.

Maurice Gouiran mêle dans son récit de nombreux fils qu’il relie, plus ou moins artificiellement, mais avec un sens du scénario plutôt efficace. L’écriture est fluide, on ne s’ennuie pas une seconde dans ce roman.

Pourtant, il y a toujours comme une petite réserve sur laquelle on n’arrive pas à mettre de mots jusqu’à ce qu’on matérialise le fait que, Maurice Gouiran se devant de livrer au lecteur quelques clefs de compréhension et quelques éléments de réponse, on est toujours dans le domaine du complot : certes les nazis ont été vaincus, les camps ont été libéré mais tous les tortionnaires (on ne peut appeler cela des médecins et encore moins des scientifiques) n’ont pas pu être traduits devant les tribunaux internationaux. Que sont devenus les moins connus, les moins médiatisés à l’issue de la guerre ? De quelles complicités ont-ils bénéficié pour échapper aux procès ? Pour quelles raisons ont-ils été récupérés ? Comment ont-ils poursuivis leurs « carrières » impunément ?

Le rôle des services secrets américains est ainsi tout du long pointé du doigt et quand bien même ce livre est solidement documenté, on se pose toujours la question de savoir si le fait de dénoncer ses pratiques relève de la dénonciation du principe même des théories complotistes de tout genre ou de la dénonciation d’un complot vieux de soixante-dix ans sur le refrain du « on nous cache tout, on ne nous dit rien ». Maurice Gouiran ne prend pas position à travers ses personnages qui auraient plutôt tendance à justifier les postures conspirationnistes. A la décharge de Maurice Gouiran, au moins n’extrapole-t-il pas sur les théories complotistes que l’on voit trop souvent à l’œuvre quand il est question du 11 septembre et de tout ce qui a pu se passer depuis.

En en restant à un aspect purement historique et documenté de son histoire, Maurice Gouiran s’évite bien des foudres, qui, je l’espère, seraient de toute façon injustifiées.

Par ailleurs, le traitement qu’il fait du personnage d’Henri, de son expérience de chercheur français à San Francisco, du regard qu’il porte sur une France que nous pourrons communément qualifier de profonde, du désintérêt total de celle-ci pour la révolution soixante-huitarde qui commence à émerger est tout à fait intéressant. Tout ce qui se dit et se devine à travers les silences pesant entre Henri et son père, ce qui affleure de l’éphémère relation d’Henri avec un amour de jeunesse… apportent un regain d’humanité à un récit qui touche à certaines des heures les plus sombres de l’Histoire.