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Titre : Pills nation

Auteur : Adrien Pauchet

Éditeur : Les Forges de Vulcain

Une pilule bien facile à avaler

Le pitch de base est assez simple : une nouvelle drogue, l’Orphée, fait son apparition sur le marché. Elle permet de rentrer en contact avec les morts. Pas n’importe lesquels. Forcément une personne décédée récemment dans l’entourage de celui qui a pris la pilule.

Là où tout se complique c’est que le marché se divise en deux catégories : un volet plus ou moins officiel, comprenez une offre de service encadrée mais pas du tout légale, à « Hôtel du Jardin », sorte de service funéraire autant que funèbre, et un volet encore moins officiel qui consiste en un trafic de gélules organisé par deux frères du côté de l’avenue de Flandres à Paris.

Là où tout part à vau-l’eau c’est que la pénurie de produit miracle pointe le bout de son nez et que tout le monde est accro.

Pour bien comprendre tout ce qui gravite autour de l’Orphée, il faut suivre le fil des relations entre les différents protagonistes et ce n’est pas une mince affaire que de le résumer ici. Sylvain et Sophie sont en couple, se chamaillent sur un désir d’enfant mais Sophie, journaliste, se fait tuer dans un square sous le regard de Sylvain qui l’a suivie la soupçonnant d’avoir un amant. Jean-Pierre est l’âme damnée de Bolivar, le patron de l’Hôtel du Jardin. Caroline, qui a perdu l’une de ses filles dans un accident de voiture et qui prend de l’Orphée, enquête sur des morts suspectes de personnes décédées récemment et qui présentent les signes d’une mort datant de plusieurs semaines, morts provoquées par déshydratation suite à la prise d’Orphée. Yacouba et Malik, les deux frères qui ont la mainmise sur le trafic d’Orphée, régentent la cité des Flandres et embauchent Assane, un de leur cousin aux motivations torves. Voilà pour le principal. Ils sont bien entendu tous reliés entre eux par l’Orphée. Qui la deale, qui la consomme, qui le vend, qui la fabrique, qui couvre les trafics, qui enquête.

L’idée de départ est tout sauf bête, loin de là, et Adrien Pauchet, secondé par deux complices, exploite parfaitement son filon pour livrer un récit taillé pour l’écran, sans ménagement, sans temps morts, mais hautement intelligent et addictif.

Ils rajoutent à leur baseline une histoire de vengeance entre Yacouba, Malik et Assane, mêlent Coline, la file de Caroline, à cette histoire, en rajoutent sur Sylvain pour jeter le trouble sur l’histoire qui petit à petit court vers son dénouement.

Tout au long du livre, Adrien Pauchet n’offre aucune sorte d’espoir à ses personnages et à son récit. Tout s’emboîte comme si la fatalité avait décidé de se liguer au destin et redoublait d’efforts pour que chaque personnage prenne les mauvaises décisions aux mauvais moments pour entraîner les autres dans une spirale négative. Adrien Pauchet instaure par ce biais une tension qu’il ne lâche pas tout au long du livre.

Pour étayer son histoire, Adrien Pauchet saupoudre tout de même son récit de considérations sur la mort et sur le rapport à la mort et au deuil, à la fraternité, la famille et la trahison, même si ce roman reste avant tout un excellent polar qui s’acoquine avec le fantastique qui (d)étonne un peu dans le catalogue des Forges mais qui y a somme toute toute sa place et mérite votre attention.