Mots-clés

, , , , , , ,

Titre : L’homme craie

Auteur : C.J. Tudor

Traduction : Thibaud Eliroff

Éditeur : Pygmalion

Comment craier le suspens

Le pitch est digne d’un roman de Stephen King : par la voie d’un personnage principal, Eddie Munster, on découvre le passé d’un groupe d’enfants, amis dans leur jeunesse et que la vie a particulièrement égratignés. Il y a Gros Gav, le meneur un peu obèse et fort en gueule, Mickey Métal, raillé pour son appareil dentaire et un peu mis à l’écart, Hoppo qui vit seul avec son chien et sa mère, un peu hippie sur les bords et Nicky, la seule fille du groupe autour de laquelle gravitent plus ou moins les passions naissantes des autres membres du groupe.

Le thème de l’adolescence, de la découverte de la différence, de la cohésion de groupe, de la force de l’union et de l’imagination infantile sont des thèmes chers et propres à Stephen King qui en a fait sa marque de fabrique dans plusieurs romans.

C.J. Tudor s’approprie ce fond de commerce en l’employant judicieusement. Tout d’abord, l’auteur fait porter soin récit par une seule voie, celle d’Eddie Munster, gamin sans trop de soucis a priori mais dont le parcours de vie sera dévoilé petit à petit. L’intérêt de la narration de C. J. Tudor réside dans le fait que la voie d’Eddie Munster porte à travers trois décennies en relatant les faits qui se sont déroulés en 1986 et ceux qui voient le jour en 2016 à l’occasion du retour de Mickey Métal dans sa ville de naissance.

C.J. Tudor nous livre petit à petit les différents événements qu’ont vécus les enfants en 1986, chaque membre du groupe ayant subi un ou plusieurs faits marquants cette année-là. Le lecteur étant laissé dans l’ignorance et ne soupçonnant pas ces petits événements parallèles aux vrais événements de l’époque, ceux qui avait défrayés la chronique (le crime dont il est question et l’existence de ces petits bonhommes de craie qui semblent avoir leur propre vie et leur propre conscience), et qui pourtant ont tous eu une influence sur la manière dont l’ensemble des faits s’est déroulé, il se laisse prendre par le style fluide et l’intelligence (on ne peut certes pas évoquer ici d’inventivité ou de créativité dans la mesure où le scénario n’est pas d’une originalité sans borne) du récit de C. J. Tudor.

L’auteur a cette présence d’esprit de ne pas faire des enfants des êtres sibyllins exempts de reproches. Ils ont tous leurs zones d’ombre, leurs petits arrangements avec la morale. Certains sont simplement plus noirs que d’autres. Et au final, chaque enfant devenu adulte devra passer devant le juge moral qu’est la vie qui les rattrape inexorablement.

Au moins, ce que fait l’auteur est bien fait, bien écrit et se lit avec un plaisir non dissimulé empreint de frissons. A lire en une nuit d’insomnie, sous la couette, avec une lampe de poche, les volets ouverts sur une pleine lune inquiétante pour retrouver cette joie à se faire peur (le mot est un peu fort) tout seul comme quand on était l’adolescent qu’on n’a pas totalement laissé échapper. Bref, j’ai adoré ce premier roman fort prometteur !