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Titre : Le corps du héros

Auteur : William Giraldi

Traduction : Vincent Raynaud

Éditeur : Globe

Corpus christique

Il ne faut surtout pas vous arrêter à la couverture de ce livre ni à son résumé : William Giraldi évoque son enfance et le rôle qu’y ont joué la littérature et le body-building. Non, il ne faut pas. Car ce récit va bien au-delà de tout cela.

Alors évidemment, il y est question d’hommes qui soulèvent de la fonte, se gavent de pilules diverses et variées, mangent tout mais surtout n’importe quoi, mais surtout à n’importe quelle heure du jour voire de la nuit, vivent pour la pureté d’un idéal physique qui ne va pas des pieds à la tête mais des pieds aux pectoraux.

William Giraldi détonne un peu dans ce milieu. Dans son milieu aussi d’ailleurs. Fils et petit-fils d’hommes ayant eu le culte du corps, neveu d’hommes semblables, William Giraldi, troisième du nom, est plutôt fluet, maladif et tourné vers le culte de l’esprit plutôt que vers celui du corps. Jusqu’au jour où il rejoint son oncle, dans la cave de celui-ci, aménagée en salle de musculation. Il va mettre le doigt dans un engrenage qui le mènera dans les vraies salles de sport, jusqu’au concours de body-building.

Il est déjà question dans cette première partie de filiation, de rapport au corps mais aussi de rapport à la figure paternelle endossée par l’ensemble des membres mâles de la famille : grand-père, père, oncle. William Giraldi assume la rude tâche de s’inscrire dans cette lignée tout en étant différent. Il est donc ici question de ce qu’une génération prend de la génération précédente.

La seconde partie du livre prend le contre-pied de la première et il y est question de ce qu’une génération lègue à la suivante. La notion de transmission est ainsi au centre du récit par William Giraldi de la mort de son père dans un accident de moto.

Il y a certes quelques longueurs dans le récit de William Giraldi, quelques tics narratifs où, par exemple, l’auteur introduit une succession de dialogues par un « Voici ce que donnait la discussion : » peu littéraire.

Mais la force du récit, si on prend le temps de se poser la question du fond emporte ces quelques réticences pour ne laisser que la puissance de l’histoire familiale, des liens entre les êtres qui la composent jusqu’à la génération encore d’après. William Giraldi écrit certes pour lui et ses aïeuls mais aussi et surtout pour ses propres enfants. La transmission perdure, elle continue, par des voies différentes sans préjuger de celles que pourraient finir par suivre ou rejoindre les enfants de William Giraldi. Quitteront-ils les sentiers battus par leurs aïeuls ou finiront-ils par les rejoindre ? Quoi qu’il en soit, ils continueront à bâtir et à transmettre cette histoire familiale.