Étiquettes

, , , , ,

Titre : La horde

Auteur : Sibylle Grimbert

Éditeur : Anne Carrière

Diaboliquement vôtre

Laissez-moi vous présenter Laure, une petite fille adorable qui passe des vacances douces et heureuses avec ses parents, Nathalie et Mathieu, modernes dans tous les sens du terme : ouverts, aimants, protecteurs sans être trop couvant, stricts mais justes, pardonnant… des traits de caractère qui devraient favoriser l’épanouissement de leur petite perle.

Ah, mais, tête en l’air que je suis ! Je vous parle des personnages « secondaires » et j’oublie d’évoquer le narrateur de cette histoire. Let me introduce you : Ganaël ! Mais qui est Ganaël ? Ben, un démon. C’te question bizarre !

Sibylle Grimbert nous narre une histoire de possession du point de vue, non pas du possédé, non pas de son entourage, mais du possesseur. Cette vision de l’intérieur lui permet au passage de désacraliser quelques idées préconçues qu’on a sur les démons, héritages des films et récits passés. On ne peut pas pour autant dire que les images produites par ces éléments du passé sont fausses ni que celles de Sibylle Grimbert sont pour autant justes. Au moins, l’auteur s’investit-elle pour brosser un portrait personnel de l’idée qu’elle se fait d’une démonologie moderne et de l’image du démon qu’elle souhaite véhiculer.

Cela étant dit, Sibylle Grimbert joue autant avec les codes qu’elle s’en empare pour mieux les appliquer à son récit. Le point de vue est inédit, la possession ne l’est pas. Sibylle Grimbert, se mettant du côté du démon, prend fort logiquement son parti : la vision qu’elle nous donne à travers son témoignage est ainsi naturellement en faveur de la possession. Il en ressort alors petit à petit que Laure est particulièrement prédisposée à accueillir son hôte. Le terrain est fertile. Si fertile qu’il pourrait déborder littéralement Ganaël, non pas pour s’en débarrasser mais pour surpasser le maître !

Un doute subsiste alors toujours sur qui possède qui réellement, sur qui manipule qui. Ganaël commence par s’exprimer à la première personne avant de bifurquer de temps en temps sur du « on » ou du « nous » qui peuvent laisser penser qu’il peut par instant perdre la main et leadership sur l’alliance qu’il crée entre Laure et lui-même.

Le récit prend alors une toute autre dimension quand arrive la fin du récit et que s’approche la confrontation de Laure avec le peuple des démons et les espoirs qu’il place en elle. Le récit prend alors une tournure messianique particulièrement jubilatoire dans un cadre démoniaque !

On pourra regretter l’absence d’une vraie scène de tentative d’exorcisme. Mais finalement, cette absence est en totale cohérence avec le contre-pied pratiquement constant que prend Sibylle Grimbert avec le cadre habituel des récits de possession.

Bref, une heureuse découverte !