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Titre : Uter Pandragon

Auteur : Thomas Spok

Éditeur : Aux Forges de Vulcain

Poudre de Merlin… pinpin

Vortigern, Merlin, Morgane, La Dame du Lac, Uter Pandragon sont des personnages qui vous parlent. Vous visualisez plein d’images aussi : le Merlin de Disney, la Quête du Graal des Monty Python, Excalibur de John Boorman. Vous pouvez ajouter une nouvelle pierre à l’édifice du Graal : celle que vient de jeter dans le lac Thomas Spok. Et ne doutez pas qu’elle va faire des vagues !

Thomas Spok s’empare des canons de la légende arthurienne pour en faire un récit en plusieurs volumes dont le premier convoque les figures de Vortigern, d’Uter, de Pandragon, de Merlin encore dans son adolescence, de Morgane dans sa prime jeunesse encore en devenir, des Saisnes, les alliés de Vortigern dans sa conquête du pouvoir et de son maintien sur le trône.

Si ce premier volume est l’objet d’une quête, il ne s’agit pas encore de celle du Graal. Il s’agit même de plusieurs quêtes. Vortigern part à la quête du pouvoir et devient un véritable fantôme qui traverse les pages du récit comme une âme en peine dès qu’il l’obtient. Uter et Pandragon, fils de Constant, dont le frère aîné a précédé Vortigern sur le trône et dans une forme de folie, poursuivent en parallèle des rêves de revanche. Merlin n’est pas en reste même si sa propre quête de pouvoir est plus sournoise, plus en retrait, mais bien réelle.

Thomas Spok prouve dans son récit qu’il maîtrise le canon arthurien, qu’il sait de quoi il parle. Ce qui lui permet de prendre des libertés avec son interprétation des mythes qu’il empoigne littéralement pour les tordre à sa propre volonté de narrateur. Prend-il des libertés exubérantes ? Invente-t-il trop ? Respecte-t-il trop au contraire les usages du genre ? Peu importe, en fait, seul compte le résultat. Et là : quel brio !

Malgré la multitude des personnages, malgré le grand nombre de situations et de péripéties, Thomas Spok maîtrise parfaitement sa trame. Le mot n’est pas choisi au hasard : l’auteur tisse devant nous une tapisserie dans laquelle chaque scène du récit est une des trames narratives de l’histoire qui viennent se placer sur le métier à tisser de l’auteur pour former un tout consistant, constant et cohérent. Chaque scène-trame est cohérente en elle-même et parvient encore à prendre une nouvelle dimension quand on la prend dans la vue d’ensemble de la tapisserie-livre finale.

Thomas Spok parvient aussi à maintenir ouverts tous les possibles pour chaque personnage jusqu’à ce qu’il décide, en démiurge scriptural, de fermer une route, un chemin, un destin, une vie.

Et puis, Thomas Spok ne se contente pas de mettre de la magie dans son récit, présence de Merlin et de Morgan oblige. Il distille du merveilleux, du fantastique, de l’horrifique dans son récit. Cet « Uter Pandragon » se retrouve ainsi à la croisée de plusieurs genres narratifs, aucun ne semblant déplacé !

Les scènes finales de combat faisant interagir tous les personnages croisés au fil du livre (encore vaillant ou en vie à cet instant, cela va sans dire) sont à elles seules un morceau de bravoure tant dans la façon que Thomas Spok a eu de les écrire que dans les trouvailles scénaristiques qu’elles lui permettent d’inventer.

Bref, ce livre contient suffisamment de talent pour passer outre une question de genre.

Un article avec quelques références de l’auteur : http://www.lepoint.fr/pop-culture/livres/uter-pandragon-reinvente-avec-brio-les-legendes-arthuriennes-14-05-2018-2218275_2945.php

Une personne qui mentionne toute l’oeuvre de Roger Zelazny dans ses références est nécessairement quelqu’un qu’il faut lire, suivre, aimer, chérir. Thomas Spok, with love.