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Titre : La note américaine

Auteur : David Grann

Traduction : Cyril Gay

Éditeur : Globe

Osage, ô désespoir, ô bassesse ennemie !

USA. 1921. La tribu Osage a été déplacée de ses terres sacrées vers des terres moins fertiles… ou qui semblaient l’être : elle se révèlent être situées sur des gisements de pétrole. Les membres de la tribu qui est parvenue à obtenir la possession des dites terres et de toutes leurs productions touchent une soulte annuelle qui en fait des américains riches.

Cette manne financière ne laisse personne indifférent. A partir de 1921, des membres de la tribu meurent brutalement ou empoisonnés, disparaissent. Une de ces affaires de meurtres ne trouvera son épilogue qu’après l’intervention du FBI dans sa nouvelle formule, revue et corrigée par Edgar Hoover, son récent nouveau chef.

David Grann s’empare d’une affaire de plusieurs meurtres et disparitions entre lesquelles il parvient à tisser des liens et tirer la trame en épluchant et décortiquant tous les documents à sa disposition. Il décompose son récit, très journalistique, en trois parties. Il traite d’abord l’enquête sur les meurtres à proprement parlé, jusqu’à l’intervention officielle du FBI (qui ne s’appelle pas encore ainsi) qui constitue la deuxième partie du livre. La dernière partie est la plus passionnante des trois : elle crée un lien entre le passé et le présent en mettant en avant les héritiers des personnes touchées dans leurs chaires et directement par les événements des années 20. Elle rend les répercussions contemporaines de ces affaires encore plus douloureuses pour les descendants et ce d’autant plus qu’il élargit le champ des culpabilités déterrées par les enquêteurs de l’époque.

David Grann prend le risque d’envisager des pistes et des liens, en les étayant d’ailleurs, sans se cacher derrières des élucubrations purement sorties de ses réflexions, pour trouver les liens entre l’affaire de laquelle il est parti et celles qui sont restées non résolues à l’époque. Les affaires prennent alors sous la plume de David Grann une ampleur insoupçonnée. A travers l’œil acéré de l’auteur, la trame ourdie autour de la fortune des Osages pour l’accaparer prend des allures de complot à l’échelle fédérale avec l’implication de tout une série de corps de métier assurés par les blancs à l’encontre des indiens.

Rajoutez à cela toute l’implication d’Edgar Hoover et de son officine, future FBI, dans ce qui marquera sa véritable naissance et vous avez là les ingrédients d’un roman noir digne des plus grands scénaristes. David Grann n’évite aucune question, n’épargne personne. Ce récit me fait penser, dans sa structure et dans ses objectifs, certainement pas dans le style, aux derniers livres publiés par Philippe Jaenada, « La petite femelle » ou « La serpe » : enquête sociale à la recherche d’une vérité pas aussi évidente que ce qu’on voudrait nous faire croire.

Ce livre est riche, passionnant, instructif, édifiant, humain aussi.