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Titre : Helena

Auteur : Jérémy Fel

Éditeur : Rivages

Une histoire de la violence

Voilà un livre qui me laisse perplexe !

Commençons par l’histoire. Jérémy Fel la fragmente en trois récits qui se télescopent. Norma est une mère qui protège ses enfants : Graham, le plus âgé, Tommy, deuxième personnage central du récit et Cindy, la petite dernière. Norma est une mère protectrice qui prédestine sa petite dernière à une grande carrière de reine de beauté tandis que Tommy apparaît dès le début de la narration sous les traits d’un être pervers psychotique totalement dérangé. Graham semble être le plus normal des trois. Le récit de Jérémy Fel permettra au lecteur de découvrir les pans obscurs du passé de chacun de ces personnages.

Après Norma et Tommy, il nous faut le grain de sable : Hayley. Petite bourgeoise américaine, golfeuse, mère décédée d’un accident de voiture, qui passe son temps à essayer d’exister à travers des drogues diverses et variées et qui sur le trajet d’une compétition de golf va croiser la route de la famille de Norma. Pour le meilleur mais surtout pour le pire.

L’interaction entre Hayley, Tommy et Norma va être le point central autour duquel tout va se dérégler et partir dans une spirale de violence inarrêtable.

Au point de vue de l’ambiance étouffante et pesante qui installe un malaise palpable, Jérémy Fel s’en sort admirablement bien. Il joue sur les passions, les tiraillements de chacun des personnages. Il exploite les failles de chaque personne de son récit et distille par l’intermédiaire des visions de Tommy qui semble hanté par un homme au noirs desseins une dose de fantastique qui vient en rajouter à l’ambiance générale du récit.

Il y a une idée forte dans le livre de Jérémy Fel sur la génération des pulsions de violence et leur transmission de façon plus ou moins génétique entre les différentes générations d’une même famille. De la naissance de ces pulsions, à leur maturité ou aux liens familiaux qui exploitent ces pulsions, Jérémy Fel dresse un tableau peu optimiste où la violence engendre la violence :  la spirale ne fait que monter, toujours plus haut.

Cette impossibilité de s’en sortir étend le champ des réflexions sur les notions de libre-arbitre et de choix. Le fait de tracer une chaîne de transmission de la violence entre les personnages du récit, Jérémy Fel peut ainsi inviter le lecteur à s’interroger sur les responsabilités et les culpabilités de chacun. Les sévices subis par Tommy, s’ils expliquent les violences dont il est capable aujourd’hui, n’excusent rien. Il en va de même pour les influences avérées ou imaginées de la maison de Norma sur les êtres qui l’habitent, celle-ci ayant été le théâtre d’une tragédie précédemment.

Le mal est vu par l’auteur comme une entité manipulatrice, un peu comme peut le faire un Stephen King, une chose qui rôde. Jérémy Fel parvient à personnifier la violence à travers la figure de l’homme que voient Tommy et Norma dans leurs délires et qui trouve une sorte d’extension dans le corbeau noir qui hante les pages de ce livre.

Et malgré tout cela, le texte n’a pas eu sur moi tous les effets promis. Il y a à mon sens un écart entre le fond et la forme et cette dernière n’est pas tout à fait à la hauteur du premier. Il y a des passages brillants mais tempérés par des passages moins aboutis qui donnent une impression en dent de scie de la narration de Jérémy Fel. Le sujet qu’il a décidé d’embrasser était-il trop ambitieux, trop vaste ? Il y a pourtant un réel potentiel chez Jérémy Fel !