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Titre : Le Paris de la Passion

Auteur : Jacky Kooken & Monique Ayoun

Éditeur : Evidence Editions

Eloge de l’a(rt)mitié

Ce livre raconte l’amitié qui unit Jacky et Pierre. L’un est sculpteur, fils de dresseur, avec une vie de famille soumise aux aléas des affres et des succès de la création. Pierre est ce qu’on pouvait appeler un mécène, éclairé qui plus est, peintre à ses heures. Ils vont croiser la route de deux russes incendiaires qui mèneront l’un à la faillite et l’autre au bord de la crise de nerf.

Heurts et malheurs, boire et déboires… la vie de Jacky et de Pierre dans le monde des arts (des années 1990 fait-il préciser) semble faite d’insouciance. Mais cette insouciance matinée de naïveté les rattrape brutalement sans pour autant qu’ils en perçoivent les signes avant-coureurs. A travers une série d’anecdotes, Jacky Kooken se met en scène avec l’aide de son épouse, Monique Ayoun.

Il se met en scène mais ne se donne pas nécessairement le plus beau rôle. L’acte créatif est le vrai personnage de ce livre, surtout dans la mesure où, à force de naïveté, on a souvent envie de secouer les personnages de Pierre et Jacky et de leur mettre des coups de pied aux fesses. Cette nonchalance, peut-être de circonstance, pèse un peu sur l’attachement qu’on pourrait développer avec ces deux figures d’un milieu artistique souvent opaque. Les anecdotes livrées sont tour à tour drôles, édifiantes, bouleversantes…

On sent que Jacky dispose du coffre suffisant pour résister aux aventures et mésaventures qui peuvent lui tomber dessus. Pierre attire un peu plus notre compassion tant il semble moins armé pour tenir. Pierre est un naufragé (volontaire) sur un îlot de strass et de paillettes qui ne brillent que dans ses yeux d’admirateurs et d’envieux transis. Jacky Kooken sculpte l’arrière d’un décor artistique dont le personnage de Bernadette, une des égéries de Pierre après sa chute et son début de carrière de peintre, n’est pas dupe. Elle pointe du doigt, sous le pinceau de Jacky Kooken, le côté snob, faux, futile et parfois ennuyeux de ce monde si particulier.

La quatrième de couverture met en avant quelques noms de peintres ou sculpteurs connus pour attirer le lecteur. De ce côté-là, on pourra être un peu déçu, en attendre plus. Mais on se laisse emporter par la relation qui se noue et se développe entre Jacky et Pierre, amis indéfectibles, au-delà des aléas de la vie. Ce livre montre qu’il y a des choses plus fortes que la réussite et l’argent mais qu’il faut peut-être aller chercher tout cela en dehors du microcosme du monde de l’art. A tout le moins, il faut savoir prendre du recul que ce soit par rapport aux succès, aux échecs, autant artistiques que sentimentaux ou financiers.

En fait, ce livre est une flânerie romantico-amicale autour des galeries de la rue Quincampoix