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Titre : Et boire ma vie jusqu’à l’oubli

Auteur : Cathy Galliègue

Éditeur : Emmanuelle Collas

Et lire un livre sans pouvoir l’oublier

Betty a perdu Simon, son mari. Il lui reste son fils Rafael et l’alcool dans lequel elle tente l’impossible : oublier. C’est d’autant plus impossible qu’elle nous en parle tout au long de ses pages dont certaines sont bouleversantes.

Betty se livre, sous la plume de Cathy Galliègue, pour nous. Pour nous dire toute la difficulté de voir la lueur au bout du tunnel quand on est au beau milieu de ce tunnel. Le salut de Betty ne pourra intervenir que lorsqu’elle parviendra à libérer sa parole, toute honte bue, au sens propre comme au sens figuré. La honte amène au silence et le silence à l’isolement.

Cette libération commence par la découverte par son père de la situation dans laquelle se trouve Betty. Il faut un concours de circonstance pour que la vérité se dévoile car Betty fait comme toutes les personnes qui subissent une addiction : elle se cache pour mentir aux autres et se mentir à soi-même.

Cathy Galliègue entreprend de nous conter la vie de Betty telle qu’elle se déroule sous nos yeux mais aussi de nous dépeindre son parcours jusque là. On ne tombe pas gratuitement dans une addiction, qu’elle soit à base d’alcool ou d’autre chose. Le fait que Betty se soit tournée plutôt vers l’alcool n’est pas étranger au fantôme de Françoise Sagan qui l’accompagne. Il est d’ailleurs intéressant de noter que cette présence se fait de plus en plus discrète au fur et à mesure que Betty se hâte doucement vers sa rédemption.

L’alcool opère chez Betty comme une catharsis qui vient remplacer toute la place qu’occupaient son amour et sa vie perdus avec Simon. Il faudra à Betty passer par l’exhumation de certains secrets de son passé et de celui de son père pour pouvoir refonder sa vie sur un nouvel amour, pour combler les vides laissés par la perte d’une forme d’innocence, la perte d’un ancien amour, la perte liée à l’absence de sa mère…

Il y a chez Cathy Galliègue, malgré quelques rares passages un peu convenus, une légèreté (factice et de façade uniquement qui ne masque pas la profondeur des sentiments et des errements de ses personnages) d’écriture qui touche à une certaine idée de l’évidence, de la délicatesse et de la simplicité. Cathy Galliègue possède, elle comprendra j’en suis sûr, un « joli brin d’écriture », ce qui pour moi est un vrai compliment !

Un petit conseil : avant de lire ce livre, allez chercher un galet, bien lisse, presque douillet, caressez-le, gardez-le bien dans la main jusqu’à la fin de la lecture, réchauffez-le puis vous comprendrez. Et dans le même temps, réchauffez-vous au texte de Cathy Galliègue.