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Titre : Monsieur Viannet

Auteur : Véronique Le Goaziou

Éditeur : La Table Ronde

Sociologie littéraire

Une femme est chargée de conduire une étude sur des personnes ayant séjourné en foyer. Elle va ainsi croiser la route de Monsieur Viannet qui habite un studio épuré du côté de Bastille. La vie de Monsieur Viannet tourne autour d’un matelas posé à même le sol, de packs de bière que lui tend sa femme qu’au passage Monsieur Viannet réprimande plus souvent qu’à son tour.

Monsieur Viannet symbolise deux choses. Il est d’une part l’expression d’une spirale infernale qui va de mal en pis du meurtre de son père dont il a été acquitté, aux foyers, à la prison, à la rue ou presque. Il est d’autre part le reflet d’une misère urbaine et d’un isolement typiquement citadin. Il ne sort plus de chez lui, s’enferme dans sa médiocrité autant qu’il se protège de l’extérieur.

En cela, on sent plus la sociologue qui ressort derrière la Véronique Le Goaziou écrivaine. Il y a pourtant un vrai travail d’écriture : poser des mots sur les maux d’une société déshumanisée. L’économie de mots, justement, la concision des dialogues, leurs côtés souvent inachevés ou laissés en suspension, participent à cette sensation d’isolement et d’enfermement, d’absence d’ouverture possible.

La conclusion du roman n’en est que plus glaçante.

La ville, telle que la voit Véronique Le Goaziou, est un monstre froid qui isole, qui enferme, qui broie ses habitants, qui ôte toute trace d’humanité surtout quand elle intervient après une succession de fractures telle qu’en a vécu Monsieur Viannet. Il est détestable Monsieur Viannet. Parce qu’il est amorphe. Parce qu’il se laisse aller. Parce que qu’il s’en prend aux autres, et à sa femme en premier lieu, plutôt qu’à lui-même. Parce qu’il baisse les bras. Mais d’un autre côté, il n’a pas les moyens, Monsieur Viannet, et ce n’est pas qu’une question d’argent, de se sortir de cette spirale infernale.