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Titre : La transition

Auteur : Luke Kennard

Traduction : Marie de Prémonville

Éditeur : Anne Carrière

Si c’est gratuit, c’est toi le produit !

Karl a le choix. Suite à plusieurs escroqueries, ruiné, il peut soit aller en prison soit participer au programme de réinsertion sobrement intitulé « La transition » et dans lequel il entraîne sa femme, enseignante et qui ne demandait rien à personne. Ils vont se retrouver pendant six mois à vivre chez un couple de mentors, anciens participants du programme, coachés par eux pour repartir du bon pied dans la vie.

Mais voilà, Karl tique dès le début. Quel est le but de ce programme ? Pourquoi tant de générosité ? tant de complaisance ? Parce que la transition est gratuite… et si c’est gratuit, c’est toi le produit, dit l’adage qui ne sera pas, une fois de plus, démenti.

Au fil des pages, la transition ressemble de plus en plus à une entreprise de déconstruction. Au premier rang de laquelle celle du couple formé par Karl et Geneviève, sa femme. Au terme d’un processus lent mais irrémédiable, Karl est petit à petit détruit littéralement et décrédibilisé auprès de son épouse qui va s’émanciper de sa tutelle liée à son caractère maniaco-dépressif qui obnubile Karl mais que les mentors décident d’ignorer complètement.

Karl va être approché par des gens internes ou externes au programme pour tenter de saper les fondements même d’un système qui vire à l’eugénisme à une échelle mondiale.

Force est de constater que ni le sujet ni le style de l’auteur ne sont vraiment innovants. Le principe de mettre en place un processus de sélection des éléments les plus performants au détriment des éléments les moins performants de la société n’est pas nouveau, ni en littérature, ni dans d’autres formes d’expression artistique. Luke Kennard, plus connu a priori pour sa production poétique, tourne parfois en rond et répète les mêmes arguments comme s’il n’en avait pas trouvé d’autres ou comme s’il voulait faire mariner le lecteur comme il fait mariner Karl qui ne parvient pas à avancer tout seul dans son enquête. Au-delà de cette répétition qui pourrait ne pas être redondante, Luke Kennard pêche à développer et faire évoluer ses arguments.

Et pour autant, on ne s’ennuie pas dans ce roman ! On est tenu en haleine par le personnage de Karl dont l’évolution semble suivre une pente totalement inversée de celle de son épouse : l’un subit une chute vertigineuse vers les bas fonds du système auquel il participe tandis que l’autre semble s’épanouir au fur et à mesure que leurs mentors parviennent à la détacher de son mari. Jusqu’où iront chacun des deux protagonistes reste alors la seule interrogation qui maintient le lecteur à flot.