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Titre : Le magicien

Auteur : Magdalena Parys

Traduction : Margot Carlier et Caroline Raszka

Éditeur : Agullo

Agents troubles

Le passé et le présent d’une Allemagne aujourd’hui réunifée et jadis coupée en deux s’entrechoquent chez Magdalena Parys.

Deux groupes s’opposent. D’un côté, Christian Schlagenberger et sa clique vivent sous les feux des projecteurs politiques en cachant un passé d’assassins qui ont sévi sur les frontières de l’Est en supprimant des activistes de tous bords. De l’autre côté, Burkhard Seidel flanqué de Gerhard, photo-journaliste allemand qui a épousé la femme d’un homme abattu à la frontière bulgare par Schlagenberger. Au milieu, Dagmara Bosch, la fille adoptive de Gerhard, qui va enquêter avec un flic sur la disparition de son père mais aussi sur la mort suspecte de Gerhard.

A 30 ans d’intervalle, un groupe de personnes volontaires et insubmersibles va saper les fondations d’une ascension politique basée sur la falsification, le mensonge et le meurtre pour faire chuter un homme qui porte toutes les responsabilités des crimes perpétrés au nom d’une société, au nom d’une idéologie.

A travers son récit, Magdalena Parys souligne surtout que malgré les années qui passent les sociétés n’ont foncièrement pas changé. Les manipulations d’opinion ont toujours cours et il en va de même de tout ce qui concoure à mettre un couvercle hermétique sur un passé trouble et coupable. Mais comme souvent, les protagonistes oublient qu’à trop vouloir poser ce couvercle hermétique sur une casserole qui reste sur une plaque encore allumée, on transforme le tout en une cocotte qui finira par exploser en rattrapant, irrémédiablement, Schlagenberger et ses acolytes. Pour mieux souligner que rien ne change, Magdalena Parys démontre habilement que tout cela tient au fait que les hommes ne changent pas. Pour exemple de preuve flagrante de cet immobilisme, bon nombre d’élus locaux des lands d’ex-Allemagne de l’Est sont encore issus de la Stasi ! C’est toute cette mécanique de fagocitage que dénonce Magdalena Parys.

Magdalena Parys écrit au nom de la mémoire due aux militants d’une autre société, d’une autre liberté que celle promise par le bloc de l’est, au nom des oubliés de l’histoire politique qui n’auront d’autre sépulture que celle de ces pages essentielles à cet unique titre. Que le récit de Magdalena Parys soit réel ou fictif, peut importe au fond, il ne rend pas moins compte des zones d’ombre d’un système perverti, qu’il soit d’ailleurs de l’est ou pas.

Magdalena Parys parvient en plus à emballer tout cela dans une histoire de chantage opéré sur Schlagenberger, perdant consciencieusement son lecteur avec des jeux de fausse piste dans lesquels on tombe bien facilement, naïfs que nous sommes. Et ce d’autant plus que ces fausses pistes semblent prendre les mêmes chemins que l’histoire principale, trouvant elles aussi leurs racines dans le passé des mêmes hommes, des mêmes protagonistes. Comme le dit Le Vent Sombre, les fonds historiques de ce récit prennent corps grâce aux histoires particulières qui jalonnent la narration et l’analyse des démons intérieurs de chaque caractère.

Ce magicien est donc aussi une affaire de fidélité, que ce soit à son passé ou à ses proches et de trahison que ce soit de son passé ou de ses proches, et de culpabilité tant chaque protagoniste semble traîner derrière lui un sac d’embrouilles. Seule exception peut-être, Dagmara Bosch dont l’âge fait qu’elle n’a pas le lourd passé des autres personnages.