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Titre : Macadam Butterfly

Auteur : Tara Lennart

Éditeur : Rue des Promenades

Un macadam à arpenter

Des nouvelles, à double titre. D’abord parce que c’est le premier livre d’une nouvelle auteure. Ensuite parce que c’est bien d’un recueil de nouvelles dont il s’agit. Et comme le montre la couverture : tout est bon dans le cochon… tout est bon chez Tara Lennart.

Bon alors n’exagérons pas : pas tout, mais presque. Il y a quelques nouvelles forcément moins bonnes dans le lot, en tout cas moins efficaces… et en fonction des lecteurs ce ne seront pas nécessairement les mêmes.

D’un client de bar coincé dans les toilettes du sous-sol au moment d’un attentat à une petite-fille qui discute avec sa grand-mère d’un passé qui est notre présent ou qui le fut il y a quelques années en passant par un happening féministe qui vire au cauchemar, par une jeune fille qui se venge de la méchanceté gratuite d’un handicapé à sa manière, par une sœur qui se dézingue la tête à coup de cachetons, par une ancienne nounou draguée par la petite fille qu’elle gardait 10 ans plus tôt ou par une famille qui a bien une maman et un papa mais qui n’est pas si « normale » que cela… Tara Lennart crée de vraies petites saynètes qui se jouent sur de petites scénettes sous nos petits yeux ébahis.

Elle a l’art de figer en quelque sorte les situations décrites, comme si le temps suspendait son vol pour qu’on puisse mieux observer ce qui se passe, comme si tout se passait pour le lecteur au ralenti pour mieux apprécier le spectacle offert par les personnages. Toutes ses histoires sont des instantanés livrés par Tara Lennart. Dans un instant, dans un moment précis, elle parvient à projeter des vies entières où le passé se télescope avec le présent et parfois le futur. Chez Tara Lennart, l’instant présent est bel et bien la somme de tous les instants précédents.

Et puis Tara Lennart, si elle relâche parfois (rarement) la qualité de sa narration, ne perd jamais le fil de ses dialogues. Elle a un vrai sens des dialogues et des échanges entre ses personnages. Ils ne tombent jamais à plat.

Et puis on trouve quelques thèmes chers, a priori, à l’auteure. Le rapport à la sexualité y tient un rôle central avec tous les corollaires que cela peut impliquer : rapport à la féminité et à la masculinité et donc aux genres, rapport au féminisme, rapport à la famille et à ce qu’est aujourd’hui la notion de famille, rapport à une certaine moralité et à une certaine normalité (une norme, par rapport à quoi ?)…

Les références à des figures féministes ou d’autres « alternatives » sont nombreuses, de Judith Butler à Monique Witig en passant par Guillaume Dustan. Elles ne sont pas innocentes et plantent un décor dans lequel tout s’inscrit (personnages, situations, dialogues) avec une logique implacable.

Bref, jetez-vous dans les mailles du filet de Tara Lennart, vous n’en ressortirez pas intact et vous y trouverez forcément quelque chose qui vous touchera, qui vous questionnera… bref qui sera vous ou une part de vous.