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Titre : Au nom du père

Auteur : Eric Maravélias

Éditeur : Gallimard

In nomine patris et filii et spiritus morti

Tout commence entre la Macédoine et l’Albanie en 1998 pour s’achever à Paris, vingt-cinq ans plus tard – en 2023 –, dans une ville qui sombre dans un chaos post-apocalyptique, dans un monde qui sent la fin, dans un univers où la loi n’a plus le droit de citer et où les trafics en tout genre sont la norme.

C’est ce décor dystopique qu’Eric Maravelias choisit pour mettre en scène sa tragédie antique dans laquelle seul le chœur manque à l’appel. Les nœuds du récit tiennent dans les multiples relations qui unissent (ou désunissent) les personnages entre eux. Tout débute avec Dante et Falcone. Le premier est contraint de s’exiler à Paris et laisse au second son fils en « héritage », fils qui n’est pas tenu au courant de sa filiation. Tout ce petit monde se retrouve à Paris pour le bouquet final, forcément explosif.

De Falcone qui veut se venger de Dante et d’Alkan, son fils, responsables à ses yeux d’années passées en prison et de son exil forcé en France à Dante lui-même qui, atteint d’un cancer et sans grande espérance de vie, rêve d’accéder à une gloire mafieuse en briguant un titre de Duc qui se transmet de père en fils, en passant par Alkan qui, par manque de figure paternelle stable, se retrouve dans la peau d’un égaré complet.

Au centre de ce maelstrom, Cristale, sous la coupe de Dante, le trompant avec Alkan dont elle est enceinte, le trompant doublement en planifiant de le voler pour gagner sa liberté, incarne le fatum que les autres personnages sont incapables de ressentir, celui qui agit sans se faire voir, celui qui oriente les actions des autres protagonistes.

Cristale est un destin efficace qu’on peut juger convenu et dont l’usage facilite amplement le développement de l’histoire mais dont l’utilité ne se dément pas et apporte, de façon totalement décalée, le brin d’humanité qui fait cruellement défaut aux personnages masculins.

Pour ce qui est du choix de placer son récit dans un futur suffisamment proche pour ne pas tomber dans la science-fiction pure et suffisamment éloigné pour créer un décalage nécessaire à son récit, Eric Maravélias ne s’est pas trompé. Son futur est propice à créer l’atmosphère idéale à son histoire : sombre, troublée, étonnante.

On pourra par contre regretter qu’il n’exploite pas plus ce décalage et qu’il ne développe pas plus cet univers futuriste et pourtant encore proche du nôtre.

« Au nom du père » explore les relations « familiales » qui existent entre les différents personnages, forcément compliquées. Dante est un père qui se réveille sur le tard et qui projette de prendre la place de Falcone, père putatif d’Alkan. Falcone, trahi par son « frère » Dante qui l’a balancé aux flics, veut tuer le père et le fils pour prendre sa revanche et leur place. Alkan ne se doute pas qu’il est fils et futur père…  Eric Maravélias joue sur les non-dits pour provoquer les interactions entre ses personnages. Convenu, donc, peut-être, mais efficace à mon sens.