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Titre : Amour propre

Auteur : Sylvie Le Bihan

Éditeur : JC Lattès

Le mal-être à part

Giulia est à moitié fille et à moitié mère. Fille incomplète parce que sa mère, italienne d’origine et spécialiste de Curzio Malaparte, a quitté le foyer familial. Mère mal à l’aise parce que femme séparée de son mari, parce que mère de trois enfants qu’elle ne comprend pas, tout comme elle ne se comprend pas elle-même. Elle obtient l’occasion de se rendre dans la villa de Curzio Malaparte sur Capri, celle qui a servi de cadre au film « Le Mépris ».

Sur place, elle croise les pas de Maria, gardienne du temple et de la mémoire de Curzio Malaparte et dépositaire d’un passé avec l’écrivain.

Les enjeux du livre pour Sylvie Le Bihan sont multiples.

Il y a tout d’abord la relation particulière qu’elle semble avoir développé avec Curzio Malaparte, ses écrits, son histoire, sa vie. Elle prend une place prépondérante dans la vie de Giulia et parsème son parcours comme autant de petits cailloux. Tout comme elle le fait avec Maria.

Il y a ensuite la place même de Giulia dans cette histoire. A la fois fille, femme et mère, aucun de ces « états » ne lui apporte quelque épanouissement que ce soit. Sa relation avec son père est faussée par l’attitude de celui-ci vis-à-vis de ce que Giulia vit comme l’abandon de sa famille par sa mère. Sa relation avec son ex, ou plutôt son absence de relation, crée un vide artificiel dans la vie de Giulia. Sa maternité, au-delà de tout, la perturbe à tous les points de vue : d’une part parce qu’elle doute de sa propre qualité de mère (de par l’absence de la sienne, de par les décisions inattendues prises par ses fils au moment d’attaquer leurs études supérieures) et d’autre part parce qu’elle aime ses enfants tout en jurant ses grands dieux que si c’était à refaire elle ne le referait pas !

Sylvie Le Bihan, à travers son personnage central, se pose toutes les questions qu’une femme peut se poser face à la maternité. Ce questionnement est un passage nécessaire pour que Giulia puisse enfin reprendre sa marche en avant, en tant que fille et en tant que mère.

Et il y a donc enfin la relation entre Giulia et Maria. On se dit que l’auteur ne vas pas oser aller dans le sens de ce à quoi tu penses, qu’elle ne va pas aller jusqu’à faire de Maria la mère de Giulia. Tu te dis que finalement, quitte à aller dans ce sens, autant aller au bout de la chose… et puis finalement, non, Sylvie Le Bihan a l’énorme intelligence de ne pas pousser le bouchon trop loin. Ou peut-être pas…

Quoi qu’il en soit réellement, Sylvie Le Bihan parvient à mettre des mots sur des questionnements féminins que la société réprimande inconsciemment. Une femme n’a pas le droit de fuir son rôle de mère, n’a pas le droit de se comporter autrement que comme la société attend qu’elle se comporte. La femme, en qualité de mère, doit forcément être celle qui s’occupe des enfants, qui se dévoue corps et âmes pour la chair de sa chair… La femme, en qualité de mère, n’a pas le droit de douter de sa maternité. Cela étant dit, ce type de questionnement n’est pas non plus l’apanage des femmes. Il n’est dit nulle part que les hommes n’ont pas le droit de se pose aussi des questions, sans toutefois que la société ne les en blâme !

Et non seulement elle met des mots sur tout cela, mais en plus elle le fait avec un réel talent.