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Titre : Rires de poupées chiffon

Auteur : Philippe Rouquier

Éditeur : Carnets Nord

Rires fous et fous artistiques

A la retraite, Louis Dames arpente le Vercors et tombe sur une maison isolée habitée par un couple plus qu’étonnant : Krim Lee, artiste d’origine coréenne, et Ceril Lee sa femme, artiste également.

A eux deux, ils vivent de telle façon à ce que leurs habitudes, leurs agissements créent eux-mêmes une œuvre d’art. Leurs déchirements, leurs réconciliations, leur sexualité, leurs travaux ne sont eux-mêmes que des actes artistiques.

Leur dernière et finale rupture sera le point d’orgue de leur art : une œuvre à point de vue unique… Mais celle-ci ne se déroule par comme prévu et, surtout, se déroule de manière totalement déroutante pour un œil externe. Suite à la disparition de Ceril, mise en scène ou crime ?, la police s’en mêle.

Philippe Rouquier prend un malin plaisir à perdre son lecteur dans les méandres de la création artistique et dans les esprits torturés, pour un œil externe, des créateurs que sont Krim et Ceril. Ce qui est d’ailleurs particulièrement intéressant c’est que ces deux-là s’entendent pour créer quelque chose à partir d’actes à la base destructeurs : destruction du couple et de leur relation, atteinte physique, destruction de ses œuvres par Krim Lee pour en faire une nouvelle construite sur les ruines des anciennes.

Au nom de l’art et de la création, peut-on se sentir libre de faire tout y compris d’atteindre à l’intégrité physique des personnes ?

Philippe Rouquier construit son récit autour de la notion de changement, de mutation : ses personnages, Louis Dames au même titre que Krim et Ceril Lee, sont en transition entre deux états. Mais ils ne sont pas tous égaux devant l’enjeu de la chrysalide. Personne ne sort indemne des péripéties dans lesquelles Philippe Rouquier les place.

Disparition, mort, changement, création, liberté… il y a peut-être un tout petit peu trop de choses dans le livre de Philippe Rouquier mais le lecteur s’en sort, au final, mieux que les personnages. Il ne s’en sort toutefois pas indemne pour autant : le rire est plus souvent jaune qu’à son tour.