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Titre : Camarade Papa

Auteur : Gauz

Éditeur : Le Nouvel Attila

Camarade Papa, camarade fils à bourgeois

Dabilly quitte la France pour l’Afrique et la vague de colonisation qui opère sous fond de guerre économico-militaire entre la France et l’Angleterre.

Fin du XX° siècle. Un enfant d’origine africaine qui vit à Amsterdam est envoyé par son père en Afrique sur la trace de ses aïeuls.

Alors oui, la première lame de ce livre, qui est tout sauf rasoir, traite de la colonisation à travers le regard d’un français parti « là-bas » avec un esprit ouvert qui en fait vite la coqueluche des colonisés, sans aucun rapport avec la maladie qui l’affaiblira. Parmi les autochtones, il en sera une qui changera sa destinée et engendrera la lignée qui ramène le lecteur au XX° siècle.

En dehors de Dabilly, les colonisateurs sont d’ailleurs tous plus ou moins des escrocs patentés. Le seul qui n’arrive pas en conquérant mais qui adopte une posture de conquis c’est Dabilly.

Mais il n’y a pas que cela dans le livre de Gauz. Parce que la descendance de Dabilly, dans la personne du petit garçon couleur ébène dont la langue vit au rythme d’un phrasé de révolutionnaire communiste inculqué par son camarade papa, acte la révolte du colonisé face au colonisateur. Cette révolte est avant tout sociale. Elle permet, qui plus est, à Gauz de laisser libre court à une inventivité poétique linguistique tout à fait jouissive et drôle. Le petit garçon se retrouve ainsi, suite à des tirades communisto-révolutionnaires délivrées à l’encontre d’adultes, dans des situations comiques où le décalage n’est pas étranger à l’efficacité de celles-ci.

Dabilly et le petit garçon se répondent ironiquement : celui qui n’est pas censé s’intégrer en Afrique, le « blanc », s’assimile bien mieux que le « petit noir » qui retourne chez lui, endoctriné par des pensées et des réflexions typiquement européennes.

Après, le personnage du petit garçon me pose problème. Autant Dabilly est exploité complètement par Gauz, autant le personnage du petit garçon se retrouve petit à petit mis sur le côté, un peu délaissé au profit de Dabilly qui prend de plus en plus de place autant en terme d’importance narrative dans le récit qu’en terme de « quantité » de pages. On reste du coup sur sa faim avec le petit garçon alors que dès le début du récit, c’est lui qui prend un peu la lumière du récit de Gauz. Il est en effet celui par qui l’inventivité de Gauz se fait jour en terme de langage.

Ce qui est enfin intéressant c’est de voir comment Gauz fait de ce roman inter-générationnel un roman d’apprentissage où autant le jeune contemporain que l’ancêtre, certes encore dans sa prime jeunesse, sont disponibles pour appréhender leur évolution, leur maturité.