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Titre : Tout le bleu du ciel

Auteur : Melissa da Costa

Éditeur : Carnets Nord

Le ciel pour horizon

Emile, 26 ans, est diagnostiqué d’un Alzheimer précoce qui lui laisse au mieux deux ans à vivre. Il refuse de suivre un protocole médical qui le tiendra enfermé pour le restant de ses quelques jours. Il passe une annonce sur Internet pour trouver un accompagnateur pour entreprendre un long et dernier voyage en camping-car.

Une certaine Joanne répond de façon totalement surprenant à son message et les voilà partis sur les routes de France en direction des Pyrénées, Emile laissant derrière lui parents, sœur, meilleur ami et ex-petite amie qui l’avait largué un an plus tôt.

Les premiers instants de cohabitation entre Emile et Joanne sont pour le moins froids et distants. Chacun doit commencer par tenter d’apprivoiser l’autre. Chacun sort d’une histoire lourde, chacun doit, malgré l’échéance qui pèse au-dessus d’Emile telle une épée de Damoclès, trouver une voie pour se reconstruire. Ils le feront ensemble et contre tout.

L’histoire semble convenue sur bien des points, notamment le déroulé de la narration et les différents événements qui jalonnent le voyage intérieur effectué par Emile et Joanne, jusqu’au dénouement qu’on voit venir d’assez loin. Convenue aussi par ces petites philosophies de vie qui illustrent les étapes sous forme de citations, de Coelho ou d’autres écrivains.

Plus important que ces « petits cailloux » un peu forcés, les rencontres que font Emile et Joanne sont formatrices. L’urgence, dans laquelle Emile se retrouve, le force à s’ouvrir, d’abord à Joanne et ensuite aux personnes qu’ils croisent. L’un et l’autre se dévoilent petit à petit et s’ouvrent à l’autre. Alors que rien ne semble de nature à les réunir au-delà de leur simple compagnie mutuelle et rassurante, Emile et Joanne vont se lier au-delà de la simple espérance de vie d’Emile.

Alors oui, c’est convenu, mais c’est fait avec une telle humanité que le récit en devient terriblement prenant. Au-delà de la maladie qui fait son nid et progresse inéluctablement vers un futur inévitable, le récit de Melissa da Costa oblige Emile et Joanne à se retourner sur leurs passés respectifs, pour mieux se confronter à eux mais aussi pour mieux puiser dans les expériences de vie de l’autre les ressources pour dépasser les leurs.

Compte tenu de l’âge des personnages, on n’est plus dans le roman d’apprentissage, on serait plus sur du « développement personnel » romancé et mis en fiction, savamment ordonnancé pour éduquer autant les personnages que le lecteur. Melissa da Costa nous confronte constamment à la nature : montagne, océan… les éléments extérieurs naturels résonnent à l’intérieur des corps et des esprits.

Malgré la fin tragique et la tristesse inhérente à la conclusion du récit (sans toutefois que l’auteur sombre dans le pathos le plus absolu), le récit se veut, comme de bien entendu, d’un optimisme sans faille. On ne tombe pas non plus dans le feel-good book mais on n’en est pas loin. Les frontières des genres sont plus ténues qu’on le croit.

Road-trip, feel-good, développement personnel, tout cela peut paraître très facile, très ou trop contemporain comme style de littérature mais c’est rondement mené et efficace, pour cette littérature de « genre ».