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Titre : Dieu n’a pas que ça à faire

Auteur : Lucia Etxebarria

Traduction : Nicolas Véron

Editeur : Héloïse d’Ormesson

A Dieu ne plaise

Elena a connu David, son premier. Mais elle s’est mariée à Jaume, son second et dernier. Une certaine communauté d’esprit et de classe unissait ces deux-là, parmi lesquelles l’Opus Dei et une forme de conformisme ou de soumission à une norme. Gangue qui finirait par avoir raison d’eux : Jaume en détournant l’argent de la mairie pour payer ses amants et Elena en l’affligeant d’un cancer.

Alexia, la cousine d’Elena, retrouve David et l’embauche pour aller rendre visite à Elena sur son lit d’hôpital, son lit de mort, elle qui n’a jamais oublié son premier amour.

La succession de chapitres relate qui les visites de David à Elena dont on sent qu’elles lui apportent du baume au cœur (et au corps) et leur permet à tous deux d’apaiser leurs remords ou leurs regrets par rapport à la vie qu’ils ont menée et lamentablement foire depuis leur aventure, qui les éphémères rencontres entre Alexia et David.

Au fil des pages, au long des rencontres et des visites, se dessinent plusieurs choses : un espoir pour Elena qu’elle parviendra peut-être à transformer en survie, une rédemption pour chacun des personnages qui porte en lui un ou plusieurs secrets, mettons plutôt un ou plusieurs événements qu’il pense être le seul à connaître.

A travers ces récits croisés, profondément humain et sensibles malgré le genre que se donnent parfois les personnages de l’histoire, Lucia Etxebarria dresse différents tableaux de la relation amoureuse. Elena et Jaume explosent en plein vol parce que chacun refoule son moi profond pour mieux rentrer dans les cases que la société a moulées pour eux. David et Eva forment un couple où l’on parlera plus d’addiction de l’un envers l’autre que de relation fusionnelle, d’un état de dépendance malsain. Alexia représente la femme outragée par un mari volage, soumise à un homme qui ne la respecte pas parce qu’elle trop soumise, parce qu’elle n’exprime pas ses sentiments et, pire encore, ses sensations.

Il n’y a pas de rédemption possible chez Lucia Etxebarria. Au mieux les personnages peuvent-ils être amenés à accepter leur passé, comme Elena a accepté de tout temps l’attirance de son mari pour les hommes. Finalement, les « crimes » commis par son mari pour vivre son homosexualité ne sont induits que parce qu’il ne se sent pas le droit d’être qui il est réellement. Le déni de soi, le refus de son moi est ce qui pousse les gens à vivre à côté d’eux-mêmes. L’acceptation de qui l’on est, à contre-courant des normes de la société, est la clef d’une vie équilibrée et, autant que faire ce peut, heureuse.

Le roman de Lucia Etxebarria est touchant de la tendresse qu’elle a pour ses propres personnages, reflets d’une société qui se contredit et se claquemure pour son plus grand malheur, parce que vouloir à tout prix plaire à la société, donc au plus grand nombre, n’est qu’une source de frustration qui vient s’ajouter à la douleur d’être quelqu’un d’autre.