Étiquettes

, , , ,

Titre : Son autre mort

Auteur : Elsa Marpeau

Éditeur : Gallimard Série Noire

Amstramgram, ce sera toi le criminel

Alex et Antoine tiennent un gîte. Antoine dispose d’une activité professionnelle pour subvenir aux besoin du couple et des enfants. L’accueil de touristes est une aubaine pour Alex pour qui cela évite les interactions sociales, elle qui subit une phobie sociale qui l’isole.

Cet été, ils reçoivent la visite d’un écrivain célèbre, Charles Berrier. Cela tombe bien, Alex se pique de produire quelques textes qu’elle n’a jamais tenté de faire publier. Les premiers temps sont idylliques : l’écrivain n’est pas hautain ni avare de conseils auprès d’Alex ; bon vivant, il sympathise aussi avec Antoine et séduit toute la maisonnée… jusqu’à la soirée d’anniversaire d’Alex où il tente de la violer. Elle se défend en le tuant. Alex va choisir de cacher son corps et de partir à la recherche des proches de l’écrivain pour déterminer qui elle va bien pouvoir faire accuser de la disparition de l’écrivain à sa place.

Le plus intéressant dans ce roman réside dans le personnage de Léo que se crée Alex pour infiltrer l’entourage de l’écrivain disparu. Elle endosse le rôle d’une assistante personnelle qui protège soi-disant l’anonymat de son patron qui s’est isolé pour écrire. Alex joue en réalité un triple jeu : le sien, celui de Léo et celui de son agresseur dont elle doit prendre les tics, les habitudes, les idées pour mieux faire croire à son existence alors qu’il est mort et bien mort.

Alex devient alors une sorte de démiurge… dont les marionnettes lui échappent : Léo ne semble pas vouloir disparaître derrière Alex une fois que le roman s’achemine vers sa conclusion, l’écrivain semble vouloir trouver grâce aux yeux d’Alex malgré ses agissements passés.

La structure du roman, après l’arrivée d’Alex/Léo à Paris, est assez classique : Alex rencontre les personnes de l’entourage de Charles Berrier successivement, avec dans le désordre : la maîtresse, la femme, l’éditeur, le meilleur ami… chacun aurait des raisons de faire un coupable idéal.

Mon seul regret à émettre à l’encontre d’Elsa Marpeau serait d’voir un peu trop vite, à mon goût, enterré la phobie sociale d’Alex. Pierre angulaire de la première partie pour justifier l’isolement d’Alex, sa vulnérabilité, elle disparaît pratiquement de la suite du roman alors qu’elle aurait pu être utilisée comme un frein aux plans d’Alex. En effet, Alex n’est jamais obligée de lutter contre ses pulsions pour se forcer à côtoyer l’entourage de Charles Berrier. Cet aspect de la psychologie d’Alex aurait, encore une fois, à mon sens, mérité d’être plus mis en avant tout au long du livre.

Pour le reste, toute l’intelligence d’Elsa Marpeau est de maintenir un suspens quant au choix du coupable idéal. Chacun possède des motivations fortes mais très différentes. Alex n’est pas à la traîne pour décrypter les caractères, les forces et surtout les faiblesses des potentiels meurtriers.

L’issue de la mission que s’est assignée Alex délivrera bien entendu son lot de rebondissements, pas des plus surprenants mais Elsa Marpeau s’est attachée à trouver une issue plus « morale » que tous les agissements qui se seront déroulés pendant son récit. Morale, certes, mais pas forcément idyllique ou béni-oui-oui. Elsa Marpeau se garde bien, à travers son récit, de prendre position et laisse le soin au lecteur de décider si 1/ Alex parvient à redevenir vraiment Alex et si 2/ cette fin est celle que l’histoire méritait.