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Titre : L’autre côté

Auteur : Léo Henry

Editeur : Rivages

Rostam au pays des mers veille

Dans la cité-royaume de Kok Tepa, une mystérieuse épidémie sévit et touche la population non protégée tandis que la caste des Moines reste à l’abri d’une cure et de ses hauts murs protecteurs. Ils ne sont pas situés au sommet de la cité pour rien… Les castes des guerriers, des commerçants, des paysans, dont on fait partie par hérédité, et pire encore, les sans-caste sont eux frappés de plein fouet par cette épidémie mortelle.

Rostam est passeur : il aide les familles, dont un membre est touché par la maladie et qu’elles ne veulent pas voir dépérir au Lazaret ou qui veulent simplement trouver un ailleurs meilleur, entendez plus égalitaire, à fuir Kok Tepa. Jusqu’au jour où sa propre fille montre les premiers symptômes déjà avancés de la maladie.

Rostam va actionner les différents rouages de son propre réseau pour s’en aller…

Il découvre alors l’envers des décors. D’abord celui de la cité-royaume dans laquelle il vit et qu’il croyait connaître grâce à son ami d’enfance, membre de la caste des Moines et bénéficiaire du remède. Même lui ne voudra pas s’engager et prendre de risque pour venir en aide à la fille de son meilleur ami. Rostam prend conscience de la façon dont la cité rejette ses pousses malades : elle les isole et les exclut.

Ensuite celui de son propre réseau. Rostam, depuis des années, fait miroiter à ses clients un réseau fiable, efficace, et en un mot humain. Confronté lui-même à ses intermédiaires, il se rend compte que l’argent, la convoitise, la veulerie sont autant de travers qui poussent ses clients, et lui-même et sa famille dorénavant, sur des routes semées de dangers, de violences, de privations, de reniement de soi.

Léo Henry nous livre ainsi une parabole sur l’immigration qui fait froid dans le dos. Voyez dans l’épidémie qui sévir sur Kok Tepa comme une image de la haine, de la guerre, de la famine, bref de tout ce qui peut pousser une population, des êtres humains, sur les routes. Une fois parti, il ne vous reste qu’une solution : avancer à tout prix, jamais aucun retour en arrière n’est possible, n’est viable. Alors, quel est le prix à payer pour aller de l’avant ? Il n’y a pas qu’une sordide histoire de fric. Les migrants sont forcés petit à petit d’abandonner une bonne part de leur humanité pour survivre, heureusement pas toute.

Pour exister dans un ailleurs aussi flou qu’hypnothtique, il faut accepter de disparaître pour espérer pouvoir renaître. Il faut accepter d’enfuir son être au plus profond de soi pour se forger une carapace d’indifférence aux autres pour ne tenir compte que de soi et de sa famille.

Et pourtant, sur cette roue amère, Rostam croisera aussi des personnes qui lui tendront la main.

Le court roman de Léo Henry mêle judicieusement espoir et désespoir. Comme s’il ne pouvait s’empêcher de voir la turpitude partout sans pour autant abandonner tout idée de salut, aussi bien pour les individus poussés à l’exil que pour l’ensemble de l’humanité. Après tout, cette histoire n’est rien d’autre que le reflet ambivalent de la nature humaine. La nature humaine est le dernier phare qui reste au milieu des océans de haine, d’abus et de violence qui jalonnent notre société.