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Titre : L’usurpateur

Auteur : Jorn Lier Horst

Traduction : Céline Romand-Monnier

Éditeur : Gallimard

Homme des cavernes

Jorn Lier Hosrt revient pour une nouvelle aventure de son personnage récurrent William Wisting. Je devrai plutôt dire de ses deux personnages récurrents car quand on voit William, on voit également sa fille, Line, journaliste.

Là où « Les chiens de chasse » mettaient en avant justement les liens parfois nauséabonds entre police et presse, « L’usurpateur » utilise ceux favorisés entre Line et son père, créant un duo qui fonctionne d’autant mieux qu’ils sont liés par le sang, le père volant volontiers au secours de sa fille qui elle, de son côté, a le don de se mettre dans des situations toujours plus dangereuses.

Cette dualité permet aussi à l’auteur de mener deux fils narratifs amenés, bien naturellement il est vrai, à se rejoindre. La journaliste mène une enquête sur un sujet de société pendant que le flic mène une enquête criminelle.

Line s’intéresse à un homme décédé dans la solitude la plus totale et dont on ne retrouve le cadavre qu’après plus de quatre mois… Ce qui ressemble beaucoup au mode opératoire du crime sur lequel William travaille : un corps retrouvé après plusieurs mois das une forêt oriente les enquêteurs sur la piste d’un tueur en série américain qui n’a jamais été interpellé.

Line rencontre au fur et à mesure toutes les personnes ayant pu croiser la route de son propre voisin, mort seul, transparent dans son propre quartier. Le portrait qui se dessine de l’homme qui est décédé, Viggo Hansen, est celui d’un homme qui ne laisse aucun souvenir aux personnes qu’il aura croisé dans sa vie, de sa jeunesse jusqu’à sa vieillesse.

Bob Crabb, le mort de William, était venu des Etats-Unis en touriste, sous couverture, pour enquêter sur Robert Godwin, le tueur en série américain. Pour traquer Robert Godwin, William commence par devoir comprendre Bob Crabb. Ces recherches vont l’orienter vers différents profils qui ont tous gravité autour de Viggo Hansen, reliant les deux « enquêtes » et mettant en danger Line.

Jorn Lier Horst utilise le concept de l’homme des cavernes pour construire son récit autour de la figure abstraite d’un homme ayant pris l’identité de quelqu’un à la façon d’un véritable caméléon, en absorbant l’existence d’une personne disparue anonymement et suffisamment seule pour que l’usurpation passe totalement inaperçue.

Cette troisième enquête est plus intéressante que la précédente. Elle est moins à charge contre la confrérie des journalistes et table plus sur les thèmes de l’usurpation d’identité et de la solitude et de la transparence de certaines personnes. Un polar n’est jamais aussi intéressant que quand il ne s’intéresse pas en premier lieu à l’enquête mais plus à ce qu’elle révèle de la société.