Étiquettes

, , , , , , , , ,

Titre : Le chat d’Oran

Auteur : Georges Salinas

Éditeur : Mareuil Editions

Dans l’ombre de l’histoire

Georges Salinas entreprend ici un triptyque sur le terrorisme avec pour point de départ l’Algérie de 1961 et ses ramifications en France la même année. Cela s’apparente beaucoup, sur les faits qui servent de trame de fond, au projet de Frédéric Paulin entamé avec « La guerre est une ruse ».

Alger est au bord de l’implosion. Les coups de force de l’armée française et les sévices de l’OAS répondent aux exactions du FLN. La violence est à son paroxysme et au milieu de tout cela, Antoine Delarocha enquête sur l’attentat qui a ravagé un café célèbre d’Alger après avoir arrêté un terroriste recherché du FLN.

Si le récit de Georges Salinas évoque cette flambée du terrorisme et son exportation sur le sol français, ce roman est avant tout l’histoire de deux hommes qui s’affrontent : Antoine Delarocha, côté français, et Ahmed Benjelloul, côté algérien.

S’il ne légitime aucune violence, on sent toutefois l’auteur plus proche des pieds-noirs que des algériens ou des français. Et c’est malgré tout là où réside le point de vue intéressant du livre. Il se met dans la peau de ces familles de français, présentes en Algérie depuis plusieurs générations et qui vont se retrouver à la fois étrangères en Algérie, rejetée par les algériens, et en France, exclus de par leur décalage par rapport aux français « de France ».

La première partie qui se déroule à Oran souffre de ce manichéisme. L’auteur se rattrape dans la seconde partie, en France, où les personnages principaux sont confrontés à leur passé récent et sont contraints de surpasser leurs haines et leurs différences. Les fils du destin, et la volonté de l’auteur, forcent Antoine Delarocha, le chat d’Oran (surnommé ainsi parce qu’il semble ne jamais vouloir succomber aux balles ou aux bombes) et Ahmed Benjelloul à s’affronter à Oran, à poursuivre leur lutte, à distance, à Paris avant de s’allier pour sauver, l’un son fils et l’autre sa fille. On se rend alors compte qu’au-delà des idéologies de part et d’autre, ce sont des êtres humains, avec femme, enfants, qui respirent, qui vivent, qui ressentent.

Là où Frédéric Paulin avait pour volonté d’expliquer le présent à travers les événements du passé, Georges Salinas se contente de mettre en scène l’histoire de deux hommes sur un fond historique. Pour l’un, l’Histoire prime sur les histoires personnelles, même si elles sont une part essentielle du roman, pour l’autre, c’est l’inverse, les récits personnels n’utilisent l’Histoire que comme toile de fond.

Alors qu’on s’attache aux personnages de Georges Salinas, qu’on se prend à se passionner pour les faits et gestes des protagonistes, au déroulé du récit, plutôt bien emmené et conduit par l’auteur et bien écrit, il manque une petite touche d’analyse et de mise en perspective. Mais cela ne prive pas le livre de réelles qualités narratives.